Accéder au contenu principal

Michele Massimo Tarantini - Calibre magnum pour l'inspecteur (1977)


Avant de s'égarer du côté de Châteauvallon (1985), Luc Merenda a animé toute une série de films policiers italiens sous la houlette jubilatoire de Sergio Martino (Rue de la violence), Fernando Di Leo (Salut les pourris) ou Stelvio Massi (L'exécuteur vous salue bien). Figure virile et ténébreuse du poliziottesco des années 70, il rivalise alors avec Maurizio Merli en une inexpressivité qui loin de le desservir lui confère un curieux mélange de nonchalance et de rudesse. Calibre magnum pour l'inspecteur n'est ni le plus fameux ni le plus réussi de ces néo polars urbains et crasseux mais il demeure dans la bonne moyenne du genre. Etonnamment, il n'est pas troussé par un artisan rompu à ce style énergique et brutal mais par Michele Massimo Tarantini (qu'on préfère largement à son presque homonyme américain) qu'on associe davantage aux sexy comédies avec la déesse Edwige Fenech (La flic chez les poulets, La flic à la police des moeurs) ou à un film de cannibales à l'eau de rose (Massacre dans la vallée des dinosaures). C'est oublier toutefois que Tarantini a déjà tâté du polar avec MKS...118 (1976) dans lequel s'activait Henry Silva. 


Le réalisateur n'a d'ailleurs pas rougir de la comparaison avec les spécialistes du genre, conduisant son récit avec une grande efficacité. Les (nombreuses) scènes d'action lui réussissent d'ailleurs bien et mieux que celles consacrées à l'enquête en tant que telle. Truffé de poursuites en bagnoles (dont une avec un train), fignolées avec toute la nervosité requise que souligne avec beaucoup de rythme la bande-son remuante de Franco Campanino (Lucia et les gouapes), à laquelle aurait participé également Fabio Frizzi (L'enfer des zombies, La guerre des gangs), Napoli Si Rebella invite un flic milanais à traquer des mafieux sur fond de trafic de drogue dans le lacis décrépi de rues napolitaines plus sordides que lumineuses. Malgré sa violence et son sadisme, que subit notamment la pauvre Sonia Viviani, sexy à souhait, parfois à poil, souvent brutalisée, il participe pourtant de l'affadissement de l'eurocrime à la fin des années 70 à laquelle des personnages sans épaisseur et des dialogues peu percutants le condamnent. La noirceur quasi nihiliste inscrite dans le contexte des années de plomb qui poissait les meilleurs poliziotteschi, au nombre desquels il faut citer La rançon de la peur d'Umberto Lenzi, s'est peu à peu diluée dans l'action pure et simple, réduisant le genre désormais moins sombre à la castagne et aux poursuites diverses et variées. Sans être indispensable, A Man Called Magnum se suit néanmoins avec un réel plaisir, gourmand et décontracté. (26.08.2022) ⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...