Accéder au contenu principal

Ofdrykkja - Gryningsvisor (2019)


L'étiquette "depressive black metal" que son auteur s'est vu coller sur le coin de la gueule, ne doit surtout pas vous tromper, Gryningsvisor ne noue que peu de liens avec l'art noir, suicidaire et même tout court. Quelques voix écorchées et une froideur brumeuse en constituent les fragiles oripeaux. Bref, ceux qui espéraient trouver dans cette troisième offrande une corde à passer autour du coup en seront pour leur frais. En réalité, cet opus appartient à la même famille que les Kvelssanger d'Ulver et Songs Of Moors & Misty Fields d'Empyrium, sur un mode mineur cependant. Soit une expression boisée et mélancolique du genre où la beauté triste de paysages automnaux prime sur une noirceur agressive qui en est donc éconduite. Ethéré comme un pastel, Gryningsvisor peut de prime abord décevoir tant il s'apparente à une déambulation diaphane dont la durée (plus d'une heure) ne l'aide pas à faire son trou dans la mémoire. Par sa délicatesse de touche et son refus de forcer le trait, son menu nous semble presque insaisissable. Fantomatique et délavé, il est facile du coup de ne rien en retenir. Pourtant, il ne faut pas hésiter à le butiner pour en goûter sa précieuse intimité.


Peu à peu la magie opère, celle de ce chant féminin, assuré par Miranda Samuelsson, aussi spectral qu'ensorcelant (In It Natten, Her Mannelig). Les compositions qui l'accueillent sont parmi les plus belles - et donc les plus réussies - du disque, au point de regretter que la Suédoise ne figure là qu'en tant que simple invité. On se prend en définitive à rêver d'une collaboration durable entre le groupe et elle. Les lueurs forestières d'arpèges squelettiques aident également à nous guider dans ce voyage contemplatif et quasi intimiste (As The Northern Winds Cries). L'œuvre se dévoile progressivement au gré de complaintes propices à la solitude. La richesse des lignes vocales, tour à tour féminines donc ou rugueuses voire parlées, comme celle des arrangements (violon osseux, lyre celtique...) contrastent avec l'épure de ces pièces imbibées d'atmosphères désolées. Egrené par une guitare bucolique qui parfois grésille comme le réveil de lointaines racines black metal (Köldvisa), Gryningsvisor a quelque chose d'une errance blafarde où la partition désenchantée se confond parfois avec le shoegaze. Mais Ofdrykkja sait capter les couleurs nobles et glaciales des forêts suédoises figées par l'hiver ainsi que sa poésie vespérale. Le trio signe un troisième album dont la principale faiblesse (sa forme délavée et trop peu appuyée) est aussi sa plus belle qualité. Par sa tendresse élégiaque, Gryningsvisor n'est sans doute pas un pur album de black metal mais il en possède pourtant l'humus mélancolique et l'atmosphère résineuse. (11.12.2019 | LHN) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...