Quelques messieurs trop tranquilles s'inscrit pour Georges Lautner dans une période assez faste qui le voit enchaîner à un rythme soutenu des comédies policières au ton très personnel et frisant l'auto-parodie. Il s'agit même probablement d'un de ses derniers bons films de ce genre. La valise sera moins réussi (1973), Pas de problème (1975) et On a aura tout vu (197), plutôt ratés alors que Les seins de glace (1974) le verra renouer avec un registre plus dramatique. Avec une affectueuse gentillesse, il se moque des hippies et des ploucs dont l'opposition fournit les meilleurs moments du film. Comme souvent dans les travaux que Lautner signe à cette époque, la musique joue un rôle important et on ne soulignera d'ailleurs jamais assez la manière dont celle-ci surgit à l'écran. L'univers coloré des hippies inspire cette fois-ci à Eddie Vartan une partition sous l'évidente influence du rock psychédélique et de Pink Floyd en particulier. Presque plagiaire mais efficace. Pimenté d'une nudité généreuse pleine de seins et de pubis velus, Quelques messieurs trop tranquille baigne ainsi tout du long dans un climat chaud et velouté... Jusqu'à l'irruption d'une vague intrigue policière de série noire qui, loin de le muscler, fait au contraire patiner le film et ce, en dépit de la verve vulgaire d'André Pousse. On mesure alors combien manquent dans la bouche d'une pourtant savoureuse brochette de comédiens les dialogues à la fois truculents et percutants de Michel Audiard dont Jean-Marie Poiré ne possède pas la faconde croustillante et gaillarde.
Film de copains, le résultat est sympathique mais traine finalement quelque peu en longueur lors d'une dernière partie dans laquelle Lautner se parodie lui-même (Renée Saint-Cyr qui déambule au milieu des coups de feu comme une réplique des Tontons flingueurs). On en retiendra donc avant tout une ahurissante et burlesque poursuite en voitures (la DS qui se désosse peu à peu) et une joyeuse distribution qui fleure bon le nanar franchouillard, convoquant les habituels Jean Lefebvre, étonnamment sobre et tendre, Michel Galabru en instituteur allergique aux élèves (!), Henri Guybet, Paul Préboist (toujours dans la demi mesure), Robert Dalban, Philippe Castelli en journaliste ou Jean-Jaques Moreau en conducteur de bus scolaire qui aime s'envoyer son petit blanc derrière la cravate. Miou-Miou et la chanteuse Dani auréolent de leur charmes fleur-bleue une affiche qui nous donne une des dernières fois l'occasion de voir Charles Southwood avant qu'il se sombre dans l'anonymat... Si par ses facilités et son humour un peu lourdingue, il annonce déjà la dérive nanardesque que suivra bientôt la carrière de Georges Launter, Quelques messieurs trop tranquille demeure une comédie très plaisante car encore empreinte même en mode mineur, de cet humour absurde et délirant cher à son géniteur. (02.06. 2022) ⍖⍖⍖



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