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Oaks Of Bethel - The Folk And The Ground (2009)


Si je vous dis Oaks Of Bethel, cela ne vous dira probablement rien. En revanche, Njiqahdda, sans doute un peu plus, quoique peut-être pas davantage car on parle là de projets à l'underground chevillé aux instruments. A la barre de ces deux entités opaques et à la créativité foisonnante, deux silhouettes, Ihr et Ain, aussi différentes et complémentaires que peuvent l'être le Yin et le Yang. Si avec Njiqahdda, les deux américains forgent un black metal en forme de magma bouillonnant souvent proche de l'ambient cosmique et psychédélique, avec Oaks Of Bethel, auquel ils viennent de donner naissance comme si les trois ou quatre opus par an (quand ils n'ont pas pris de Viagra) qu'ils vidangent avec leur premier port d'attache ne leur suffisaient pas, le paysage est pire ! Et donc encore plus réussi. Enfanté il y a quelques mois seulement mais pourtant déjà pourvu de deux successeurs, The Folk And The Ground, premier essai sous cette bannière, a quelque chose d'un voyage transcendantal et ritualiste. Il se subdivise en deux longues plages d'un hermétisme absolu. Parler de musique semble à leur endroit quasiment absurde : il ne s'agit là que d'une bande son hypnotique dont on peine à saisir le sens et les contours. Sur un substrat formé de martellement de batterie digne de la boîte à rythme utilisée par Darkspace, un chant lointain aux accents chamaniques qui semble provenir d'une caisse de résonance s'accouple avec des guitares drone échappées quant à elles d'une quatrième dimension. 

Le tout débouche sur une trame nébuleuse sans forme ni fil conducteur. Long de plus de dix huit minutes mais qui pourrait très bien aussi s'étirer sur une durée plus interminable encore, "The Folk And The Ground" est un monstre aux confins de l'indicible qui grouillent de sonorités étranges et indescriptibles. Toutefois, des deux pistes qui architecturent cette oeuvre, il reste le plus black metal des deux. En effet, "Ghosts Of Fallen Winter Oaks", du haut de ses plus de 25 minutes, est une espèce de rock psychédélique complètement barré, à tel point que l'on se dit que ces mecs ne doivent pas fumer que la moquette. Pourtant, après cinq minutes de ces effluves bizarres et hallucinantes, le tempo s'emporte, toujours avec cette batterie millimétrée mixée très en retrait. Le chant se fait plus caverneux, plus menaçant encore mais comme son devancier, ce titre se veut plus proche d'une bouillie sonore, parfois empreinte d'une beauté vertigineuse comme lors de ses dernières mesures, où surnagent quelques (rares) ingrédients connus de la race humaine. Un trip à ne confier qu'aux plus aventureux d'entre vous, sorte de croisement démentiel entre un machin noir et sulfureux et le Hawkwind de l'âge d'or... Pour faire simple car The Folk And The Ground, à l'instar des albums de Njiqahdda, ne s'apprivoise que difficilement et se vit plus qu'il ne s'explique. Bref, un ovni à la dimension franchement mystique. A découvrir. (2009) ⍖⍖

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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...