Accéder au contenu principal

Ofdrykkja - After The Storm (2022)


Autant l'annoncer de suite, ceux que Gryningsvisor a déçu ne seront pas plus emballés par son successeur. Les autres qui au contraire n'ont pas manqué d'être séduit par le virage (néo)folk et boisé négocié par cette troisième offrande, seront heureux de butiner à nouveau dans l'intimité de After The Storm ces mélopées champêtres, ces déambulations chamaniques dans les profondeurs d'une forêt gorgée d'humidité. Après deux premiers albums saignés dans un art noir d'obédience dépressive, Gryningsvisor ne marquait donc pas une pause dans la carrière des Suédois mais bien un tournant vers une musique plus contemplative quoique toujours aussi triste. Et plus belle surtout. Alors bien sûr, après trois années d'abstinence discographique, nous attendions plus de la part de Ofdrykkja que cette (trop) petite demi-heure de sonorités tendrement acoustiques et de ce d'autant plus que jusqu'à présent, il nous avait toujours habité à de copieux menus. Mais les accords squelettiques d'un 'Beyond The Belt Of Orion' et surtout la brise vocale soufflée par Miranda Samuelsson ('The Light') suffisent à balayer tel un fétu de paille cette relative déception. 


Chacune des sept complaintes a quelque chose d'un gemme finement ciselé que les musiciens taillent dans une délicate écorce folklorique. Il ne leur faut toujours pas plus que de sèches notes de violon ici ('Hårgalåten'), là une poignée d'arpèges résineux ('Själavandring'), ailleurs de lointaines percussions connectées à la terre ancestrale ('After The Storm') pour secréter une infinie mélancolie. Et puis, au risque de se répéter, il y a encore une fois ce chant féminin, fragile presque fantomatique, vecteur d'une poésie bucolique, qui emporte tout. C'est charmant et très bien fait et s'il n'évite parfois que de peu le mielleux ('The Cleansing') et ne partagera jamais vraiment avec les Ulver et Empyrium originels la même noblesse, la même gravité, Ofdrykkja parait avoir trouvé sa voie, expression pastorale qui l'éloigne de plus en plus du black metal de ses débuts mais dans laquelle il impose une personnalité froide et osseuse. Invite à des rêveries solitaires, After The Storm est une création d'une belle épure, évidemment pas indispensable mais dont les tristes lueurs qu'elle suinte savent évoquer des paysages intimistes qu'une pluie orageuse a lessivé de leur noirceur. (25.12.2022) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...