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Gilles Grangier - Le cave se rebiffe (1961)


« Vingt ans de placard ! Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ! », « Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre-étalon ! Il serait à Sèvres ! ». C’est dans Le cave se rebiffe que ces répliques devenues légendaires (et il y en a beaucoup d’autres) sont prononcées. Elles portent évidemment la griffe d’un Michel Audiard en très grande forme dont le film dégueule littéralement des dialogues gouailleurs, des bons mots qu’on n’imagine pas débités par d’autres acteurs que Jean Gabin ou Bernard Blier.  C’est un véritable festival de saillies savoureuses et de personnages taillés sur mesure pour les comédiens qui les incarnent (particulièrement pour l’immense Françoise Rosay et son accent de titi parisien, inimitable Mlle Pauline) qui pousse franchement ce polar dans la pure comédie. Ce qui fait de lui une sorte de trait d’union entre le sérieux de Touchez pas au grisbi (1954) de Jacques Becker et le parodique des Tontons flingueurs (1963) de Georges Lautner, lesquels sont également adaptés de la trilogie de Max le menteur d’Albert Simonin. 


Ainsi la mise en scène de Gilles Grangier, discrète bien que d’une incontestable efficacité, le rôle de Martine Carol en môme sexy, un ton encore assez sage et bien sûr au centre un Jean Gabin dans la position du patron qu’il connaît parfaitement, rattachent encore Le cave se rebiffe à la série noire des années 50 . En revanche, sa verve humoristique,  le ridicule cocasse d’un Franck Villard exquis en « grand con » ou Bernard Blier en tenancier de bordel dont les mimiques et les répliques de Michel Audiard plein la bouche annoncent sa création de Raoul Volfoni, préparent l’éparpillement façon puzzle des Tontons flingueurs. Déjà présent dans Touchez pas au grisbi qui relança sa carrière, il était d’ailleurs prévu que Gabin participe également à l’adaptation de Grisbi or not grisbi mais sa volonté de ne travailler qu’avec son équipe habituelle, tant devant que derrière la caméra, l’empêcha de s’entendre avec Lautner. Dans tous les cas, Le cave se rebiffe demeure un des sommets de sa filmographie et le « Dabe », malfaiteur de grande classe, amateur de chevaux (comme dans la vie), un de ses rôles préférés, variation humoristique du patriarche, du chef de bande qui, après les succès des Vieux de la vieille (1960) l’incitera encore davantage dans les années à venir à creuser le sillon de la comédie. (14.08.2024) ⍖⍖⍖⍖


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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...