Accéder au contenu principal

Ende - Mörnöyr, bievenue en terre du Diable (2020)


Alors que nombreux sont ceux qui se ramollissent au fil du temps, qui finissent par mettre de l'eau dans leur vin (de messe), rien de tout cela avec I. Luciferia et Thomas Njodr, inséparable duo réuni sous la bannière lugubre d'un Ende qu'une œuvre fascinante, riche désormais de cinq offrandes, trois splits et une démo, a intronisé parmi les maître de l'art noir, français ou pas. Mieux, ou pire c'est selon, plus ses méfaits passent et plus le groupe radicalise son expression du genre dont il décline une vision à la fois extrêmement pure sinon orthodoxe et néanmoins personnelle en cela qu'il fait sien l'héritage des Légions noires. Si Goétie funeste (2018) franchissait déjà une étape supplémentaire par rapport à ses devanciers, tant par sa qualité que par sa froide brutalité, dégraissée des lointaines scories mélodiques vernissant encore un peu Le puits des morts (2016) ou Emën Etan (2017), Mörnöyr, bienvenue en terre du diable expose le fruit du tandem qui n'est plus que haine bouillonnante et noirceur macabre. Ni espoir ni lumière ne filtrent à travers cette ode à la nuit et au démon. Plus que jamais I. Luciferia et Thomas Njodr semblent animés par une quête farouche de cruauté morbide, sans fioritures ni artifices. Claviers liturgiques ('Chasse-vent') et brumes ambient, dues à Nekurat (N.K.R.T, ex Mhônos) sur le terminal 'Copula Cum Daemone', qu'il hante de son souffle inquiétant reconnaissable entre mille, participent au contraire d'une atmosphère pourrissante et véritablement diabolique. 


Interprétation, musique, arrangements et textes (celui des 'Conjurations de l'ardente' est d'ailleurs signé par l'ex Vlad Tepes, Wlad Drakkensteim) sont à l'unisson d'une lie aussi funèbre que torrentielle. Au contraire de trop de médiocres qui confondent dénuement et inspiration anémique, ici le tranchant abrasif de ses psaumes impies ne trahit aucune indigence. Artistes exigeants, les deux frères d'armes ne laissent aucun détail leur échapper, soignant une écriture affutée et redoutablement travaillée, à l'image du titre qui donne son nom à l'album et dont les sept minutes, introduites par une guitare au son lourd et pollué, se font rampantes tout d'abord, plus empressées par la suite voire furieusement heavy mais toujours implacables. La vélocité abrupte de mise sur la majorité des compos, des 'Nuits d'octobre' à 'Sang effraie', n'exonère jamais le duo d'un sens des atmosphères sinistres qui n'appartient qu'à lui. Dans cette ambiance médiévale, obscure et diabolique, monde nocturne où les superstitions se mêlent à une réalité macabre, réside l'identité d'un groupe qui, tout en prêtant allégeance aux Grands Anciens, a su établir un cadre aussi bien esthétique que sonore voire philosophique, qu'il ne cesse de sillonner pour en extraire le suc le plus nocif. Mörnoyr est une œuvre sans concession, drapé dans les oripeaux d'un Moyen Âge au bord de l'Apocalypse, d'un abord peu engageant tant elle dégueule d'une laideur fielleuse mais qui finit peu à peu par ouvrir ses cuisses menant à une intimité crépusculaire. (02.12.2020 | LHN) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...