Accéder au contenu principal

Rob Zombie - Halloween (2007)


Si les remakes et autres suites ou préquelles des classiques de films d’horreur n’ont généralement que peu d’intérêt, il n’en va pas de même du Halloween de Rob Zombie qui, avec intelligence, se contente moins de refaire La nuit des masques (1978) de John Carpenter que d’en proposer une sorte de variation mieux, une réappropriation. Car il y a beaucoup du réalisateur de The Devil’s Rejects dans ce (faux) remake, auquel il injecte sa double passion, pour le metal et le cinéma. Les cheveux longs, le tee-shirt de Kiss usé à force d’être porté, le jeune Michael Myers pourrait presque se confondre avec l’adolescent que Rob Zombie était peut-être, le côté psychopathe en moins évidemment, tandis que son film est bourré de références au cinéma qu’il affectionne : un vieux Dracula avec Bela Lugosi qui passe à la télé, la force herculéenne de son Mike Myers adulte qui n’est pas sans rappeler la créature de Frankenstein (l’analogie entre le funeste baron et le docteur Loomis est par ailleurs évidente), sans oublier toutes ses gueules, de Malcolm McDoweel à Brad Dourif, de Udo Kier à Richard Lynch ou William Forsythe, qu’il a recrutées aux côtés des fidèles Sid Haig, Bill Moseley et de comédiennes typiques de la série B (Dee Wallace, Sybil Danning). Il y a surtout beaucoup de l’ancien White Zombie dans le portrait de Myers dont on devine la tendresse qu’il a pour lui, gamin mal dégrossi, mal dans sa peau et solitaire, souffre-douleur de ses camarades de classe qui se moquent de la famille de dégénérés au sein de laquelle il évolue, entre un beau-père vicelard au langage ordurier, une mère qui remue du cul le soir comme stripteaseuse et une sœur aux mœurs faciles. 


La description de cet environnement dépravé, le coup de folie de Myers qui assassine toute sa famille (sauf sa petite sœur encore bébé) et ses premiers mois dans un asile où on le voit peu à peu se murer, se retrancher dans un abîme insondable, occupent toute la première partie du film, la plus jubilatoire. La plus réussie. Zombie parvient même à éviter le ridicule, pire à rendre effrayant le jeune Daeg Faerch le visage caché sous son fameux masque trop grand pour lui. Quoique d’une sanglante efficacité et exécutée d’une main de maître, la seconde partie ne réserve en revanche aucune surprise, même si le réalisateur s’amuse clairement de ces adolescentes de bonne famille qui sous un air bien sage ne se révèlent pas moins délurées que la sœur aînée de Myers. Une bonne idée cependant, celle de la photo qui les représente quand ils étaient enfants et que Michael tend à Laurie, lointaine relique de temps heureux auxquels il cherche désespérément à se rattacher. Ce détail témoigne de la tendresse que le metteur en scène nourrit pour le personnage du meurtrier qui, contrairement au film originel, en est le véritable héros. Privé de cette dimension psychologique et familiale, Halloween II dont Rob Zombie se fendra deux ans plus tard, ne sera quant à lui qu’un banal film d’horreur que le talent de son auteur suffira à peine à sauver. Plus saignant qu’effrayant, cette nouvelle version de La nuit des masques s’impose dans tous les cas comme une des meilleures bobines du genre des vingt dernières années. Et le thème musical de John Carpenter, aussi lancinant qu’inquiétant, fait toujours son (grand) effet.  (20.02.2024) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...