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Ulvånd - The Origins (2020)


Si The Origins est son premier signe de vie, Ulvånd n'en est pas pour autant composé de débutants. Ses racines remontent même à un temps éloigné, plongeant dans les années 90 qui verront la naissance de In Lupus Pacis qui ne tardera pas à devenir Leiden. Oublié des plus jeunes d'entre vous, ce nom ne manquera toutefois pas d'évoquer des souvenirs émus à tous ceux qui ont suivi la scène gothic dark hexagonale que foulaient alors des formations telles que Anthemon ou Penumbra par exemple et à laquelle les Toulousains ont dédié trois belles offrandes, L'aube spirituelle, Empty et enfin Dualité, gravées en l'espace de quatre ans, avant de se saborder. Après des parcours tant humains que sonores différents, la déesse Bérangère Ketschker, le guitariste et maître ès machines, Wilfried Rabin et le bassiste-chanteur Serge Courtiès ont décidé d'allier à nouveau leur talent et leur vision au service d'un projet extrêmement personnel. Ulvånd est le fruit de cette quête où l'amitié et le désir de créer quelque chose ensemble l'emportent sur un quelconque démarche commerciale ou mercantile. Passion et sincérité cimentent ce groupe auquel un bel avenir est promis. Comment pourrait-il en être autrement après avoir enfanté une première réalisation aussi habile et pensée comme un tout. 


De fait, simple EP sur le papier, The Origins épouse les contours d'une œuvre à part entière où chaque détail a son importance, tant dans la forme (packaging soigné et artwork de toute beauté) que dans le fond (textes tissées avec beaucoup de justesse). Le métier que détient ce séduisant trio lui dicte une création à la fois parfaitement maîtrisée et personnelle dans son expression d'un dark metal brillant de lueurs industrielles. Maîtrisée car ces six compositions (pour une bonne trentaine de minutes de musique) ne souffrent d'aucune maladresse, recouvertes d'un fuselage puissant forgé par Wilfried lui-même et masterisé au Tower Studio par un Brett Caldas-Lima (To-Mera) qu'on ne présente plus. Personnelle tant le groupe réussit, tout en égrenant les invariants propres au genre, notamment ce chant de sirène accouplé à des growls menaçants, à nimber ce gothic dark d'un voile de modernité, auquel participe une esthétique très recherchée. Inspiré du loup et de son imaginaire métaphorique, The Origins nous entraîne dans un monde crépusculaire que la voix aérienne de Bérangère ne suffit pas à éclairer. Sur un socle lourd, presque martial (Despair), strié de discrets arrangements, la belle tisse ces mélopées envoûtantes auxquelles les éructations death de Serge confèrent toute leur épaisseur tandis que guitare coulée dans le béton et rythmique surpuissante dressent les silhouettes massives d'une urbanité tentaculaire. Acte de naissance de Ulvånd, The Origins scelle le retour de musiciens aussi inspirés que sympathiques, unis sous la bannière d'un gothic dark débarrassé de ses automatismes, visionnaire dans son approche résolument contemporaine. (25.02.2020 | LHN) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...