Accéder au contenu principal

Brian De Palma - Body Double (1984)


Body Double n'est pas seulement un film de Brian de Palma, il est avant tout un film pour Brian de Palma en ce sens où celui-ci y donne libre court à toutes ses obsessions ou ses fantasmes. D'où peut-être l'échec commercial qu'il a rencontré à sa sortie en 1984 mais aussi la fascination qu'il exerce sur le spectateur. Jamais sans doute le metteur en scène n'a paru aussi influencé par le travail d'Alfred Hitchock dont ce film constitue un hommage appuyé à Sueurs froides (le vertige étant remplacé par la claustrophobie) et à Fenêtre sur cour, prétexte à explorer quelques uns de ses thèmes fétiches, le voyeurisme, le cinéma, les femmes, la manipulation, la frustration sexuelle... En cela, Body Double est à la fois un achèvement dans sa carrière et la fin d'un chapitre, presque une manière de couper cordon qui le liait au maître depuis toujours. C'est aussi un de ses films les plus érotiques et troubles, non seulement pour ces séquences lascives (assurées par Annette Haven) et la pénétration du monde du porno mais surtout pour sa façon de nous placer en position de pervers. 

Si son dénouement déçoit tandis que sa conclusion peut laisser perplexe car on en vient à se demander si toute cette histoire n'était pas finalement un rêve, le film vaut surtout pour sa première partie, qui s'achève sur la mise à mort de Deborah Shelton. La musique de Pino Donaggio et la caméra extrêmement mobile du maître, créent un envoûtement auquel il est difficile de résister. Grotesque par moment, donnant l'impression d'avoir mal vieilli (mais moins que Scarface cependant) mais film en trompe-l'oeil, à l'image des doublures dont il est sujet tout du long, Body Double se révèle néanmoins indispensable pour tous les fans de De Palma. Le fait que celui-ci souhaitait tout d'abord en confier la réalisation à un autre (Ken Wiederhorn, pour ne pas le nommer), parait incompréhensible tant on voit mal qui mieux que lui, aurait pu le mettre en boîte... Imparfait mais orgasmique. (21.02.2017) ⍖⍖⍖



Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...