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El Supremo - Acid Universe (2023)


En l'espace de six ans qui l'ont vu aligner trois indispensables rondelles (Become The Sun, Endless Flight et enfin Cracks And Lines) , Egypt s'est imposé parmi les fers de lance du stoner rock taillé dans le désert caillouteux américain. Las, le groupe s'est sabordé en 2018 nous privant sans aucun doute de nombreuses autres pépites grasses et velues. Très vite heureusement, le guitariste Neil Stein et le batteur Chad Heille ne tardent à faire de nouveau parler la poudre, désormais réunis au sein de El Supremo. Celui-ci est en réalité un vieux projet que Heille avait monté tout seul en 2008 et qu'il avait déserté après une unique démo pour se concentrer sur Egypt. C'est donc tout naturellement que les deux comparses ont décidé de le réanimer et de le transformer en un vrai groupe en recrutant le bassiste Cameron Dewald et surtout l'organiste Chris Gould. Surtout, parce que dans le recours à ces claviers moelleux qui dégueulent et sur lesquels plane le fantôme du regretté Jon Lord (Deep Purple, mais est-il utile de le préciser ??), réside la principale différence entre El Supremo et son aîné défunt. Car il est faux de présenter ce dernier comme le simple hériter d'Egypt. 


Certes le grain de guitare furieusement psyché de Neil Stein comme la frappe accrocheuse de Chad Heille tissent évidemment un lien entre les deux formations, témoin par exemple ce 'White Hot Fever Dream' mais la comparaison s'arrête là. Ne serait-ce aussi pour cette partition intégralement instrumentale que tisse au surplus El Supremo. Mais en vérité chercher à traquer les points communs et les différences entre les deux groupes ne revêt pas une si grande importance. Le principal est ailleurs, dans la très haute qualité de rock plus hard que stoner, plus spatial que désertique tout d'abord défloré par Clarity Throught Distorsion (2019) et aujourd'hui - et enfin - affirmé par ce Acid Universe guetté comme un messie orgasmique. Dès l'introductif 'Crowley Magick', entre lourdeur heavy et volutes douillettes, l'ambiance est posée, elle ne variera pas durant ces quarante minutes d'un voyage dans le temps et dans l'espace. Dans le temps car El Supremo tête les mamelles généreuses du grand hard rock des années 70 dont il utilise donc ce son d'orgue antédiluvien, soyeux et humide (l'énorme 'The Ghost Of...', d'une lancinance duveteuse et néanmoins énergique). Dans l'espace car contrairement à Egypt, il puise aussi son inspiration dans le progressif et le krautrock en particulier comme l'illustrent ce 'Acid Universe tout en progression ou l'aérien '261 To Lisbon' qui tutoie les cieux d'une manière à la fois groovy et veloutée. Ce deuxième album démontre que El Supremo possède une identité qui lui est propre, évolutive et tendrement teigneuse tout ensemble. Les amateurs de (stoner) rock juteux ne sauraient être déçus tandis que les orphelins d'Egypt trouveront dans ce groupe son digne - quoique différent - successeur.  (25.03.2023) ⍖⍖⍖

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