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Abyssal Rift - Extirpation Dirge (2023)


On sait toujours pouvoir compter sur Sentient Ruin Laboratories pour tamiser les abysses et y ramener les hordes les plus obscures et infâmes. Les plus viscéralement mortifères surtout. Abyssal Rift est l’une de ses dernières découvertes mais il n’a pas eu besoin de chercher bien loin ni de forer la terre trop profondément pour tomber dessus puisque ce groupe est en fait l’une des manifestations de la brutalité sonique chère à Matt Auxier dont les projets indus et noise 6th Circle et Ash Prison sont également hébergés par le label américain. Son premier signe de mort, Extirpation Dirge, a évidemment toute sa place au sein d’un catalogue dont les productions ne sont pas tellement agréables à déflorer, pataugeant pour la plupart d’entre elles au fond de boyaux apocalyptiques,  hurlant le metal (ou pas) le plus radical dans sa violence noire et hallucinée. Ceci étant, de tous les groupes signés par Sentient Ruin, Abyssal Rift n’est pas le plus extrême, il se veut même l’un des plus accessibles, si tant est que ce death metal cryptique aux relents de doom aussi cyclopéen que corrosif puisse être considéré comme tel. Tout dans l’univers évidé par les Américains, du nom qu’ils ont choisi au logo illisible et grouillant, de la musique - abyssale (forcément) - aux images qu’elle renvoie, sismiques et viciées, transpire une noirceur comprimée, une bestialité tellurique, une négativité rampante. 


Citant comme influences Incantation, Disembowelment mais aussi, plus étonnant, le rock progressif des années 70, celui de King Crimson ou Goblin, ce quasi one-man band (Auxier s’est chargé de tout sauf de la batterie confiée à David Mahony des black grindeux Unyielding Love) déverse six titres aux allures de plongées dans les entrailles suffocantes de l’indicible. Rapide voire carrément hystérique, le tempo se voit fréquemment brisé par de vicieuses décélérations (‘The Plague’) qui loin de leur sucer la moelle corrompue rend ces perforations plus oppressantes encore. Tout du long rongé par la vermine, Extirpation Dirge s’abîme dans une fente au fond de laquelle bouillonne un stupre abrasif. Les racines indus de son géniteur suintent de ces ambiances parfois désincarnées qui souillent d’une lèpre malsaine ces fosses funèbres à l’image de ‘The Magister’, reptation asphyxiante à l’intérieur de corridors rongés par la rouille et tapissée de miasmes ambient qu’une fiévreuse accélération à mi-parcours bouscule dans une folie gangreneuse. Imbibé d’émanations noires, léché par un souffle halluciné, évoquant toute une géologie infernale, Extirpation Dirge encroûte de manière surprenante un death doom abyssal d’atmosphères glaciales et angoissantes héritées aussi bien du rock progressif le plus barré que de la musique industrielle. A conseiller à ceux que n’effraient pas les inexorables descentes dans une mine de charbon sans espoir de retour… (07.12.2023) ⍖⍖

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