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Nyrst - Orsök (2020)


Une fois n'est pas coutume, le label norvégien Dark Essence est parti tamiser la terre d'autres contrées. Toujours plutôt froides quand même, les contrées. Pour dénicher Nyrst, il n'est pas allé très loin puisque que ce groupe inconnu est originaire d'Islande. Or ça tombe bien, cette île est à la mode, elle qui a le goût volcanique de Solstafir et les couleurs froides des romans d'Arnaldur Indriðason. Auteur jusque-là d'une seule démo en 2016, Nyrst est basé à Reykjavik et sculpte la roche glaciale du black metal. Rien de surprenant à cela. Et nous aurions aimé ne dire que du bien de Orsök, son premier méfait longue durée. Parce que sa pochette est jolie. Parce que c'est bien fait, théâtre d'un art noir certes lui aussi un peu trop à la mode, à la fois granitique et crépusculaire, taillé dans des compositions à l'architecture épique et tortueuse que dressent des guitares massives et grésillantes. Parce que les Islandais savent peindre des paysages nocturnes et dévider des ambiances inquiétantes ('Nástirni'). Parce qu'un titre comme 'Hvísl Hinna Holdlausu' et ses dix minutes au jus érigent dans une nuit éternelle et sans étoiles un bloc neigeux que lacère la morsure des flammes. 


Pour toutes ces raisons, nous aurions donc aimé n'en dire que du bien mais ce n'est pas possible. Non pas que ce galop d'essai se révèle honteux, bien au contraire. Mais il est seulement inodore, semblable à des dizaines d'autres. Les plongées successives dans son intimité ne permettent ainsi pas de vraiment accrocher la mémoire. C'est froid mais pas dans le bon sens, l'opus est vide d'émotions même négatives ou haineuses. Or le black metal reste tout de même un art qui ne s'écoute pas uniquement mais qui se ressent. En ce sens, Nyrst, en dépit de son évidente habileté, échoue à nous embarquer dans son sillage, nous laissant finalement au bord du sinueux chemin qu'il arpente. On mesure alors combien le savoir-faire n'est pas toujours synonyme de réussite. Nul doute cependant que Orsök trouvera son public - l'étiquette "black metal islandais" est vendeuse - et reconnaissons-lui des atours accrocheurs qui rendent aisée sa défloration. Mais Nyrst devra par la suite en déballer davantage s'il espère frapper un jour à la porte ouvrant sur la cour des grands... (08.08.2020 | MW) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Thumos - Symposium (2023)

Selon sa (bonne) habitude, Thumos ne reste jamais silencieux bien longtemps, venant frapper à notre porte tous les six mois environ, parfois moins comme l'illustre Symposium qui surgit à peine quatre mois après le EP Kallipolis . Nous pourrions évidemment craindre que cette insolente fertilité se solde par un assèchement de la créativité de ce groupe si particulier mais il n'en est pour l'instant rien. Nous pourrions craindre également que celui-ci finisse par se répéter, enfermé dans le cadre imposé par un post doom instrumental dont les limites semblent de prime abord évidentes. Là encore, Thumos réussit à chaque fois à éviter le piège de la redite, de la photocopie d'une signature au demeurant désormais clairement identifiée tant dans la forme (une partition engourdie par une pesanteur sévère) que dans le fond (la Grèce antique comme curieux combustible). Le mystère demeure toujours autour de ce groupe dont on n'est pas certain qu'il en soit véritablement un,...

Laudanum - The Coronation (2009)

Le laudanum est un médicament à base d'opium utilisé comme calmant et très en vogue au XIXème siècle. C'est aussi le nom d'un groupe dont la musique se veut plus proche de la corrosion des drogues que d'un somnifère. Aux confins du doom halluciné, du sludge tellurique, du drone et de la noise, les Américains sculptent au burin un univers très personnel, dérive psychopathe rongée par une lèpre vicieuse. Cinq ans après une première dose remarquée ( The Apotheker ), The Coronation a quelque chose d'un labyrinthe humide d'une noirceur abyssale. 100 fois plus evil que bien des hordes grimées à la truelle et exaltant les forces des ténèbres, Laudanum écrit des bandes-sons cauchemardesques qui ne filent jamais droit. Il y a véritablement quelque chose de pourri, de souillé dans ce magma brulant et maladif, preuve en est le déglingué "Invoke", reptation stridente aux riffs obsédants. Basé sur un canevas pour moitié instrumentale ("Procession" "...

Jerry Thorpe - All God's Children (1980)

Les bons sentiments font rarement les bons films. All God's Children le démontre encore une fois, téléfilm qui, à travers le sujet du busing (expérience visant à développer la mixité raciale dans les transports scolaires), ausculte les maux d'une petite communauté gangrené par le racisme ordinaire et en corollaire la ségrégation qui sévit encore au sein de la société américaine des années 70.  Un thème intéressant et courageux malheureusement traité platement par Jerry Thorpe, fils de Richard et pourtant auteur d'un Jour des Apaches (1968) de bonne mémoire. Sincères, les comédiens y croient mais paraissent impuissants à rendre ce drame captivant. Démocrate convaincu, Richard Widmark campe un juge rongé par les remords après que sa décision d'imposer la mixité scolaire notamment dans les transports, déclenchent des contestations violentes et in fine la mort d'un adolescent (noir) qui a volé un bus avec son copain (blanc). Il est évidemment impeccable, tout comme Ne...