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Regarde Les Hommes Tomber - Ascension (2020)


Deux offrandes auront suffi aux Nantais pour se tailler un nom au sein de la chapelle noire hexagonale (mais pas que). Si, au départ, le fait de compter dans ses rangs le chanteur d'Otargos, Ulrich, parti depuis besogner son projet Volker, lui a permis d'être immédiatement remarqué, Regarde Les Hommes Tomber a surtout su très tôt affirmer une personnalité bien particulière, que le premier album a commencé à esquisser et que le second a établi durablement, entre black metal, sludge et post-hardcore. Invité à jouer dans de prestigieux festivals, tels que le Hellfest ou le Roadburn, empilant les concerts par palettes entières, domaine où il se montre d'ailleurs particulièrement à son avantage, le groupe s'est éloigné des studios d'enregistrement, raison pour laquelle cinq années séparent Ascension d’Exile, son prédécesseur. Ce troisième effort était fortement attendu, guetté par tous ceux que ce mélange de puissance sévère et de noirceur noueuse a séduit. A juste titre. Dernier chapitre d'une trilogie, cet opus épouse le même format que ses devanciers, aussi bien visuel (que signe le duo Førtifem) architectural (sept compositions dont un prologue et un intermède instrumentaux) que thématique (la Bible comme combustible), ce qui participe à cette identité singulière. Plus encore que ses aînés, Ascension réussit à agréger toutes les forces qui travaillent de l’intérieur cet art à la fois tendu et bourgeonnant, fruit des multiples influences de ses créateurs. Il en résulte un bloc robuste creusé dans la roche abrupte d'un black metal sinueux et dont les fondations grondent sous les pesants coups de boutoir d'un doom sludge aussi organique qu'apocalyptique.


Charnues et étirées, ces compostions s'étalent dans toute leur ambivalence, s'engouffrant dans les profondeurs de boyaux tentaculaires que transpercent néanmoins des puits de beauté. Galopant sur un territoire meurtri, chaque titre respire, se déploie comme un retable gigantesque, emporté par les rouleaux d'une batterie colérique ('The Crowning'). Guitares tour à tour pointillistes ou visqueuses et chant biberonné au Destop qui pulse d'une rage primitive alimentent une dramaturgie austère et pourtant aérienne, témoin ce 'Stellar Cross' aux allures de Golgotha crépusculaire. Désormais totalement intégré, Thomas coule ses vocalises écorchées dans ce cratère tellurique d'où jaillit un magma puissamment rugueux ('Au bord du gouffre' que lacèrent des six-cordes polluées comme un scalpel rouillé avant de mourir dans un fracas déchaîné). Les thèmes bibliques commandent encore une fois une expression grave et tortueuse, tout du long écrasée par une faute originelle. Trouvant le juste milieu entre la fureur du black, la force atavique du sludge et l'élan désespéré du post rock en une formule idéalement équilibrée, cette troisième hostie confirme l'ascension de Regarde Les Hommes Tomber vers des cieux divins. S'agissant du dernier volet d'un corpus de trois albums, nous sommes curieux de voir dans quelle direction le groupe va tendre. Va-t-il démarrer une nouvelle trilogie ? Va-t-il refonder sa signature et explorer d'autres sujets ? Dans tous les cas, son avenir s'annonce passionnant. (26.01.2020 | MW) ⍖⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...