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Hooded Menace - The Tritonus Bell (2021)


Figure de proue du death doom à la finlandaise, avec beaucoup de zombies dedans et biberonné aux bobines de Amando de Ossorio (et sa tétralogie des Templiers pour ceux que cela intéresse), Hooded Menace pousse pour la cinquième fois la porte grinçante du cimetière avec sous le bras "The Tritonus Bell" qu'habille un macabre visuel dû à Wes Benscoter, un spécialiste des pochettes grumeleuses (Bloodbath, Autopsy etc.). Si la valeur du groupe n'est plus à démontrer, force est toutefois d'admettre que les travaux de Lasse Pyykkö, son fondateur, ne suscitent plus la même envie, la même excitation qu'à l'époque de "Never Cross The Dead" (2010). Quoique très bon cru, Ossuarium Silhouettes Unhallowed témoignait ainsi il y a trois ans non pas d'une inspiration en berne mais du polissage évident de ce death dont la moëlle caverneuse fait pourtant toute l'infecte saveur. Privé de cette croûte baveuse, Hooded Menace affichait par conséquent sur ce quatrième autel des couleurs moins noires. Moins rouges (sang) aussi. Qu'en est-il donc de "The Tritonus Bell" ? 


Sans surprise, ce nouvel effort impose le même constat, poursuivant l'évolution affirmée par son prédécesseur. La reprise en bonus et en fin de parcours, efficace au demeurant, du 'Torture Never Stops' de WASP, formation que nous n'aurions pas vraiment imaginé être revisitée par les Finlandais, sonne comme un aveu mélodique et enterre définitivement les moisissures qui coulaient dans leurs veines il y a dix ans. Est-ce à dire que cet opus est mauvais ? Pas du tout. Décevant peut-être mais pas moins habité d'un savoir-faire chevronné. De fait, il existe deux façons de l'appréhender selon son rapport au groupe. Si vous faites partie des ayatollahs du son morbide et du "c'était mieux avant" (à l'instar de votre serviteur), nul doute que "The Tritonus Bell" vous semblera bien sage, presque policé ('Those Who Absorb The Night'), rapprochant finalement plus ses auteurs, non pas de l'ancêtre Funebre mais du Amorphis de "Tales From The Thousand Lakes". En exagérant un peu. Sans lui dénier son éclat séduisant, 'Instruments Of Somber Finality' fait même plus que braconner sur les terres progressives du Devin Townsend de l'ère "Accelerated Evolution", bien que d'une manière probablement fortuite. Mais il est permis pourtant aussi de goûter à ces excellentes compositions qui, enfermées généralement dans un format très long, entre sept et neuf minutes en moyenne, concilient accroche nerveuse et reptation cendreuse dans les profondeurs de sinistres châteaux. Témoin ce 'Chuime Diabolicus' que lacèrent des riffs entêtants et une rythmique ad hoc. Plus que jamais Hooded Menace confirme l'éternel tribut qu'il doit au UK Doom et à Paradise Lost en particulier. Ces guitares granuleuses aux allures d'excavatrices et surtout l'organe stomaqueux de Harri Kuokkanen participent de cette visqueuse filiation ('Blood Ornaments'). Combien Pyykkö a eu raison de céder le micro au chanteur de Horse Latitudes...  Associées à ces riffs spéléologiques, ses saillies croûteuses écartent la fente abyssale d'une intimité obscure où sont tapis des morts-vivants encapuchonnés qui nous convient aux sacrifices de quelques vierges. "The Tritonus Bell" est ainsi à prendre pour ce qu'il est, le réceptacle d'un death doom plus mélodique que macabre sans pour autant se diluer dans un jus trop sophistiqué, et non pas le réveil funèbre du matriciel "Fullfill The Curse". (07.08.2021 | MW) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...