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Darkthrone - Frostland Tapes (2008)


Darkthrone n’est pas à un paradoxe près. Si d’un côté, Fenriz et Nocturno Culto, musiciens dont on ne peut remettre en question la sincérité, affichent une attitude punk très “ on vous emmerde tous, on fait ce qu’on veut ”, de l’autre en revanche, les deux lascars tiennent d’une main intéressée et avisée tout le business qui entoure leur bébé.  Car, la caution “ vieilles démos sorties du congélateur ” ne doit pas vous tromper : Frostland Tapes est surtout un produit destiné au tiroir-caisse, le groupe drainant une colonne de fans prêts aveuglement à se délester chaque année que dieu fait d’un vingtaine d’euros. Quand ce n’est pas une nouvelle galette, c’est un DVD à la qualité contestable, quand ce n’est pas une compilation c’est un mini en guise d’apéro… Darkthrone est un nom qui fait vendre et ses géniteurs l’ont bien compris. Et Peaceville aussi !  Frostland Tapes est donc la réunion, habillée d’un bel écrin comprenant trois disques (pas très black metal tout ça !) des premières démos de ce qui n’était alors pas encore un duo, Land Of Frost (1988), A New Dimension (1988), Thulcandra (1989) et Cromlech (1989), complétée par un enregistrement live au Danemark en 1990, pollué, comme le reste (mais c’est ça Darkthrone) par un son pourri ainsi que par une version instrumentale très rare de Goatlord (1991). 


De fait, cette somme pantagruélique est surtout destinée aux Ayatollahs qui ne jurent que par les premiers étrons chiés dans une cave par des gamins sachant à peine se servir de leurs membres et aux archéologues écrivant une thèse sur les prémices du black metal. Si l’intérêt historique de Frostland Tapes est évident, son intérêt musical est plus discutable (ce Goatlord sans paroles notamment).  On y croise donc cette espèce de proto black primitif à l’habillage sonore affreux (mais cela fait partie du charme), proche de Hellhammer et de certains groupes de la NWOBHM parmi les plus rustres et evil (tels qu’Angel Witch). Certains titres quelque peu inhabituels pour Darkthrone sont comme des bouffées d’air frais (l’instrumental “ Snowfall ”, de plus de 9 minutes ou le break presque hard rock qui zèbre “ Thulcandra ”), tandis que d’autres pataugent un peu trop dans la mélasse. Et ce qui reste plaisant le temps d’un album l’est déjà moins multiplié par trois. Toutefois, reconnaissons qu’il est intéressant de pourvoir écouter les premiers rots d’un groupe encore naïf et puceau qui ne sait pas encore bien ce qu’il fait, qui tâtonne et ne se prend pas au sérieux. C’est un document rare (bien que la plupart de ces démos avaient déjà été exhumées pour la compilation Preparing For War) qui érige un pont entre les débuts quasi punk et le black’n’ roll que le groupe régurgite aujourd’hui. C’est une manière de justification à l’heure où beaucoup estiment que Nocturno Culto et Fenriz ont oublié d’où ils viennent. C’est tout le contraire en fait, eux qui depuis The Cult Is Alive renouent de plus en plus avec leurs racines. Mais cette valeur historique fait-elle pour autant un bon disque ? Pas sûr. Les ultras contrediront certainement ce jugement., eux qui vont de taper une pignole avec. Pour les inconditionnels donc… (2008) ⍖⍖

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