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Necrophobic - Mark Of The Necrogram (2018)


Malgré ses (quasi) trente ans au compteur, Necrophobic est toujours là, au gré d'incessants changements de personnel autour de son dernier membre historique, l'inamovible batteur Joakim Sterner. Alors que le recrutement en 2011 de la paire de bretteurs Robert Sennebäck et Fredrik Folkare, tous les deux issus des rangs du vétéran Unleashed (entre autres), avait injecté un peu de sang neuf  à cette mécanique bien huilée, cette incarnation n'aura contre toute attente duré le temps que d'un seul album, le controversé Womb Of Lilithu. Pourtant pilier de la formation, d'abord en tant que bassiste avant d'occuper le poste de chanteur à partir de 1994, Tobias Sidegård a lui aussi quitté le groupe après l'enregistrement de ce septième méfait. Amputé de ses deux-tiers, ce vieux mercenaire de la scène extrême scandinave aurait pu jeter l'éponge mais c'est mal connaître le capitaine au long cours Sterner, qui n'a pas eu besoin de fouiner bien loin pour pallier ces départs successifs. En rappelant dans le giron maternel les guitaristes Sebastian Ramstedt et Johan Bergebäck et, plus surprenant, le chanteur Anders Strokirk qui enregistra en 1993 le matriciel "The Nocturnal Silence", que d'aucuns considèrent comme son meilleur album à ce jour, le combo adresse un signal rassurant aux fans inquiets de ces bouleversements. Mais il envoie aussi l'image d'une formation bloquée dans un passé glorieux. Signée par le célèbre Kristian Wåhlin (Necrolord), la pochette de Mark Of The Necrogram s'avère à ce titre pour le moins éloquente, louchant sans imagination sur celle du Far Away From The Sun de Sacramentum et donnant du coup l'impression qu'une relique des années 90 vient d'être exhumée. Sentiment qui plus est confirmé par une entame éponyme qu'on croirait s'être échappée de Storm Of The Light's Bane de Dissection ! Après un Womb Of Lilithu plus death que black, Necrophobic renoue très franchement avec cet art noir aussi bouillonnant que nocturne tel qu'il était pratiqué il y a vingt ans par les Suédois (au sens large) avec dedans une bonne dose de mélodies acérées. 


Est-ce que cela fait pour autant de cette huitième offrande un bon album ? Si l'habileté de musiciens extrêmement affûtés n'est plus à démontrer, on ne peut en revanche que regretter ce fâcheux manque d'audace qui leur dicte une partition certes ultra efficace, qui devrait ravir les nostalgiques des nineties, mais dépouillée de la plus petite trace d'originalité. Il n'y a par conséquent aucune surprise à espérer de Mark Of The Necrogram, dont les dix hosties martèlent un black death anachronique qu'il n'est cependant pas interdit d'apprécier. Riffs incisifs, soli gorgés de mélodies ténébreuses ('Pesta') et ambiances qui répandent une nuit éternelle ('Tsar Bomba') constituent l'arsenal crépusculaire d'un groupe dont la science de l'attaque millimétrée demeure inoxydable, même si l'ensemble sonne presque gentillet ('Requiem For A Dying Sun'), théâtre de saillies guitaristiques plus belles que menaçantes ('Odium Caecum'). S'ils ont un goût tenace de déjà-entendu, des titres tels que 'Mark Of The Necrogram' ou 'Sacrosanct', reposent sur une écriture imparable réglée comme une machine, marque de vieux briscards, qui les rend aussi nerveux qu'ensorcelants. Reste que, de ses textes stéréotypés à sa pochette d'un autre âge, sans oublier ces motifs usés jusqu'à la corde et cette conclusion instrumentale quelconque, cette cuvée ne brille pas par son originalité et ne devrait pas permettre à ses géniteurs de relancer une carrière en demi-teinte d'éternels second couteaux. Malgré tout, Necrophobic demeure un nom qui fait vendre. Century Media ne s'y est pas trompé en le signant après un court passage chez Season Of Mist... (18/01/2018 | MW) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...