Accéder au contenu principal

Henry Hathaway - Les marins de l'Orgueilleux (1949)


Après une année 1948 (bien) remplie de trois films (Nevada, la ville abandonnée, La femme aux cigarettes et La dernière rafale), Richard Widmark ne se trouve en 1949 que deux fois à l'affiche, dans La furie des tropiques et quelques mois plus tôt, dans Les marins de l'Orgueilleux, où il retrouve Henry Hathaway qui l'avait fait débuter deux ans auparavant dans Le carrefour de la mort. La sarabande des pantins (1952) et surtout Le jardin du diable (1954) les réuniront à nouveau. Bien que mineur et un brin désuet aujourd'hui, ce film d'aventure n'en offre pas moins un beau spectacle maritime et émouvant. Les premières scènes, bavardes, pour ne pas dire ennuyeuses, font pourtant craindre le pire. Mais une fois les pieds sur le navire et un Richard Widmark sympathique (ce qui ne lui était pas encore arrivé) à la barre, Down To The Sea In Ships gagne alors en intérêt et en émotions.  Sur fond de chasse à la baleine, il nous conte la formation d'un jeune garçon, petit-fils du capitaine (Lionel Barrymore, savoureux en vieux loup de mer), assurée par le second (Widmark), qui lui aussi apprend son métier de baleinier. A l'issue du voyage (initiatique), le gamin sera devenu un homme et Dan Lunceford, le digne successeur du grincheux mais attachant Bering Joy. 

Si Hathaway parvient à susciter l'émotion par le simple regard de l'enfant (remarquable Dean Stockwell !) dont on lit dans les yeux l'admiration retrouvée pour son grand-père, l'action reste cependant son domaine de prédilection. Ainsi, c'est avant tout lors des séquences de chasse à la baleine et plus encore celle de l'iceberg que sa maîtrise technique et sa mise en scène accrocheuse peuvent le mieux s'exprimer durant ces deux heures à la fois intimistes et spectaculaires. Les marins de l'Orgueilleux est un récit sur la transmission, opposant deux modes d'apprentissage en réalité complémentaires, le terrain contre la théorie, l'instinct contre la science, l'expérience contre les livres etc... Il est aussi un récit sur l'amour paternel, le gamin retrouvant dans le second la figure du père qu'il a perdu et que son grand-père ne peut malheureusement tout à fait incarner... Ajoutons à cela de solides seconds rôles tenus par Gene Lockhart, Cecil Kellaway et surtout John McIntire et Jay C. Flippen, qui seront à l'affiche de tant de grands films des années 50 (d'Anthony Mann notamment) et vous aurez compris que nous tenons là une oeuvre à redécouvrir.  (27.07.2020) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...