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Forteresse - Les hivers de notre époque (2008)


On ne mesure pas toujours assez l’impact que Burzum, légende noire du black metal, a pu avoir sur tout un pan de cette scène. Si Emperor reste le père spirituel du black symphonique et Darkthrone l’influence majeure de toutes les hordes embourbées dans le true black primitif, que serait le black suicidaire sans Varg Vikernes le révéré ? Rien assurément. Prenez par exemple Forteresse, duo enraciné dans le Canada enneigé (le Québec pour être précis), contrée dont on se demandait si elle parviendrait un jour, alors qu’elle possède le terreau propice à l’émergence d’une telle musique, à engendrer des défenseurs de l’art noir intéressants, il est évident que ses deux géniteurs, Moribond et Athros connaissent sans doute par cœur les Tables de la Loi écrites par le Count Grishnackh, aussi bien dans la forme (son pollué, rythme lancinant, ambiances crépusculaires) que dans le fond (un discours nationaliste revendiqué). Il y aura bien quelques gauchistes bien pensants pour s’en offusquer. Tant pis. Ou tant mieux. 


Faisant suite au remarqué Metal noir québécois, Les hivers de notre époque, qu’habillent de superbes peintures de Cornelius Krieghoff, poursuit le chemin emprunté au milieu des congères, un chemin bâti autour de longues complaintes nocturnes, hypnotiques et répétitives comme il se doit, enveloppées par les atmosphères distillées par des claviers sinistres et dont s’échappe un chant hurlé en français qui appelle à la résistance patriotique (“ Fils de patriotes – Pères du renouveau ” est des plus éloquents). Subdivisée en trois parties, c’est une œuvre à la gloire de la nature, de la nuit et d’un passé glorieux, fait de combats pour la liberté et l’indépendance, que les textes en langue nationale d’une sombre poésie contribuent encore à magnifier davantage. Et si Forteresse n’invente rien (ce n’est pas le but de toute façon), il réussit parfaitement à rendre palpable le souffle noir et hivernal qui balaie ces paysages drapés d’un manteau blanc qu’une nuit éternelle vient recouvrir de ses tentacules. “ Ancienne Voix ”, “ Ténèbres ”, “ Les Corbeaux ” et “ Déluge blanc ” sont comme un venin obsédant qui racle les âmes et les chairs ; ils suintent un tel désespoir, une telle tristesse engourdie par l’obscurité qu’ils finissent par atteindre une beauté insoupçonnée. Héraut du metal noir québécois, Forteresse donne ses lettres de noblesse à une chapelle qui se nourrit non pas d’un satanisme bas du plafond auquel ne croit d’ailleurs que bien peu parmi les brûleurs d’églises mais plutôt de ses racines quelles soient géographiques ou historiques. (23.05.2008) ⍖⍖⍖

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Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

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Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...