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Doska - Doska Og Vintey (2024)


Il arrive parfois que les petits (ce n’est pas péjoratif) fassent montre de plus d’ambition que les grands. Tel est ainsi le cas par exemple de Doska dont le premier album (après un EP aux allures d’ébauche) impressionne par le soin qui a été accordé à sa réalisation, tant dans la forme que dans le fond. L’une est celle d’un luxueux et noble coffret dans lequel l’objet est glissé en une édition unique et déjà épuisée. L’autre consiste en cet univers imaginé par Aarunda, le seul membre de Doska, univers qui évoque aussi bien Le seigneur des anneaux que le Dark Crystal de Jim Henson. Poussant le perfectionnisme au plus loin, le maître des lieux a conçu pour cela un langage, appelé Mennokh, dans lequel sont chantées ses compositions. Musicalement, l’intéressé cite les travaux de Markus Schwadorf avec The Vision Bleak et surtout Empyrium, le black symphonique à la Cradle Of Filth mais aussi les compositeurs classiques tels que Chopin ou Mozart sans oublier les bandes originales de Danny Elfman et James Horner. Bref, autant de références qui esquissent un art à la fois ténébreux et emphatique, toujours dramatique. Doska Og Vintey présente « l’histoire de la vallée de Kotthyra et sa destruction par le fanatisme de Mennokh », selon la description faite par l’auteur. 


Cette dimension narrative impose évidemment que l’opus soit effeuillé dans sa globalité, à la manière d’un tout, d’un récit dont toutes les chansons incarnent les épisodes successifs. Certaines d’entre elles sont instrumentales, pièces aux atours osseux et boisés consacrées aux Kotthyriens. L’ombre de l’immense Empyrium plane alors sur ces bijoux d’écriture et d’ambiance. A contrario, les passages les plus noirs et agressifs convoquent le terrible Mennokh. Le chant y occupe une place essentielle, symbolisant selon sa tessiture, les adeptes (voix claire et choeurs masculins) ou leur grand prêtre (chant extrême). On devine ainsi que le dénommé Aarunda à échafauder cet univers dans ses moindres recoins, ses moindres composants, ne laissant rien au hasard. Colossal, son travail se révèle pour le moins impressionnant, aussi bien en terme d’arrangements que de progression et d’atmosphères. Vouloir décrire chaque parcelle de ce menu épique serait fastidieux et ôterait à coup sûr une bonne part de la magie de cette création unique qui exige plus que de l’attention mais une réelle concentration pour en goûter toutes les richesses, œuvre d’art total où musique et textes s’imbriquent, s’entremêlent pour tisser un monde cohérent. Vouloir également réduire Doska au seul black metal paraît réducteur tant il en appelle aux émotions, aux images, lesquelles vont bien au-delà de l’art noir dont certes il puise sa sève tentaculaire mais brille d’éclats bien plus nuancés. Pour tout cela, Doska mérite la découverte et d’être soutenu par un label. (13.05.2024 | LHN) ⍖⍖⍖

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Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...