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Terence Fisher - Frankenstein s'est échappé (1957)


Alors qu'il a déjà près d'une trentaine de films à son actif, pour la plupart totalement méconnus (à l'exception de Four Sided Triangle, Spaceways ou Meurtres sans empreintes) et qui ne demandent donc qu'à être découverts, c'est en 1957 que Terence Fisher s'impose grâce à Frankenstein s'est échappé. Ce dernier se distingue des précédentes adaptations du roman de Mary Shelley, notamment celles de la Universal des années 30 par deux éléments. Le premier est l'emploi de la couleur qui permet de remplir l'écran de sang écarlate, argument commercial s'il en est à l'époque où le gore n'existe pas encore. Le second réside dans le fait de déplacer le récit de la créature vers le professeur Frankenstein qui devient alors le véritable "héros" du film, reléguant du coup le monstre au rang d'accessoire et ce d'autant plus qu'il faut attendre les dernières vingt minutes pour que celui-ci surgisse et sème la terreur. Toute l'histoire repose donc sur le savant et sa quête démiurgique de créer un homme à partir d'un cadavre et de diverses parties du corps humain, mains, cerveau, yeux, glanées ici et là. Ce recentrage imposait que le docteur soit incarné par un acteur aussi talentueux que charismatique. La légende veut que Peter Cushing, qui était une vedette de la télé britannique confirmée, ait accepté le rôle sans même lire le scénario. Par son physique osseux et sa distinction glacée, il confère au personnage un caractère froid et victorien tout ensemble. S'il y apparait encore comme un scientifique mû par le progrès face à l'obscurantisme de ses confrères, les nombreuses suites qui ne manqueront pas d'être produites, le transformeront peu à peu en professeur cruel en gommant ses dernières traces d'humanité. Ce qui ne l'empêche pas dans ce premier film d'assassiner un esprit brillant pour lui dérober son cerveau ! 

Bien que La revanche de Frankenstein (1958) et Le retour de Frankenstein (1969) possèdent plus de force, Frankenstein s'est échappé n'en fixe pas moins le style des grandes œuvres de la Hammer, de la photographie chatoyante de Jack Asher aux décors ciselés par Bernard Robinson, de la musique stridente de James Bernard au couple formé par Cushing et Christopher Lee. Sans oublier ni une pointe de charme, distillée au cas présent par Hazel Court ni la critique d'une bourgeoisie décadente ni un humour noir certain qui nait de l'habileté du montage jouant de l'opposition entre terreur brutale et malice gourmande. Frankenstein pousse son invité par dessus la rambarde de l'escalier puis dans le plan suivant se voit remercié par des villageois pour accueillir sa dépouille dans le caveau familial ! Plus tard, il jette sa bonne dans les pattes de la créature puis Fisher le montre à table en train d'apprécier un délicieux repas... Immense succès, le film lancera véritablement la Hammer et la carrière du réalisateur comme celle de ses comédiens dont un Christopher Lee défiguré par un maquillage gangreneux plus morbide et réaliste que celui de Boris Karloff que, pour des questions de droits, la production n'a pu utiliser. Enfin, le titre français confond le professeur et la créature, commettant une erreur souvent répandue. (vu le 19.11.2021) ⍖⍖⍖



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