Quatrième long-métrage (en vérité un téléfilm) de Volker Schlöndorff, Baal est diffusé le 7 janvier 1970 à la télévision bavaroise. Choquant le bourgeois et conspué par les admirateurs de Bertolt Brecht dont il adapte la première pièce de théâtre, le film est immédiatement interdit et demeurera invisible jusqu’en 2014, année où il sortira en salles. Ce n’est finalement pas plus mal de le découvrir aussi longtemps après sa réalisation car entre temps son interprète principal, Rainer Werner Fassbinder, est devenu le monstre du cinéma allemand, s’imposant aux côtés de Schlöndorff d’ailleurs ou de Werner Herzog, parmi les artisans de son renouveau dans les années 70. Car l’intérêt de Baal réside avant tout dans son analogie aussi troublante que fascinante entre la figure provocatrice de poète maudit dont il trace le parcours chaotique rongé par l’art et le sexe et Fassbinder lui-même, artiste génial et tourmenté, libertaire et bisexuel.
Orge poupin quasiment sorti de l’enfer, il bouffe l’écran. Encombrant, il est de tous les plans, la clope au bec, le regard malicieux et rigolard. Il est Baal mais Baal est aussi Rainer Fassbinder. S’il est évident que Schlöndorff s’est nourri de la personnalité de son acteur, l’inverse est également vrai. Ce qui fait du film une sorte d’œuvre matricielle en cela qu’il a contribué à façonner à la fois l’identité de Fassbinder et, celle du cinéma allemand des années 70 par son ton singulier et sa mise en scène libérée de tous carcans. Aride mais envoûtant, Baal est davantage un film de Fassbinder qu’il phagocyte entièrement, que de Schlöndorff alors que l’esprit de Bertolt Brecht est loin d’être trahi par ce portrait d’un poète décadent qui noie dans la bière et le sexe le mal-être d’une existence dont il cherche vainement le sens… (05.05.2023) ⍖⍖



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