Accéder au contenu principal

Darkthrone - Old Star (2019)


Il ne reste plus grand chose du black metal norvégien du début des années 90. Nombreuses sont les hordes noires à avoir disparu (Burzum, Emperor...) alors que d'autres ont évolué et fini par larguer les amarres vers d'autres rivages (Enslaved) ou ont sombré dans le ridicule voire la parodie (Gorgoroth). Mais Darkthrone, lui, est toujours vivant, inoxydable, même s'il a incontestablement levé le pied depuis dix ans. Mieux, après s'être quelque peu égaré sur les voies d'un proto black aux relents thrash et punk entre F.O.A.D. (2007) et Circle The Wagons (2010), le légendaire duo dresse à nouveau le manche froid d'une inspiration renouvelée, en assumant ses racines épiques et heavy à la manière d'un Manilla Road qui aurait posé sa cartouchière dans les ténèbres du Grand Nord. En flirtant avec un doom sinistre, The Underground Resistance (2013) puis Arctic Thunder (2016) ont réveillé notre intérêt pour un groupe dont on pensait qu'il avait craché depuis longtemps ses meilleurs rots. Et s'il y aura bien toujours quelques grincheux pour regretter l'époque de Transilvanian Hunger (1994), le fait est que Darkthrone a encore une raison d'exister. Loin d'être les jalons supplémentaires d'une carrière longue de plus de trente ans, ses dernières offrandes peuvent même être considérées comme ce qu'il a enfanté de plus excitant depuis Ravishing Grimness à l'aube des années 2000. Et ce n'est pas Old Star qui nous contredira. 


Plus encore que ses plus récents aînés, celui-ci s'enfonce même davantage encore dans de viciés et lugubres abîmes, comme si Nocturno Culto et Fenriz étaient connectés aux entrailles de la terre, jusqu'aux Enfers. A l'exception (relative) de 'Duke Of Gloat', crachat fiévreux au goût de rouille, les cinq autres saillies sont prisonnières d'une épaisse gangue de mazout, mid-tempos paresseux (dans le bon sens du terme) qui filent aussi vite qu'une tortue shootée au Valium. Bien qu'il imprime une cadence soutenue, l'inaugural 'I Muffle Your Inner Choir' se voit perforé par de profondes crevasses au fond desquelles bouillonne un jus malsain. Toujours capable d'appuyer sur l'interrupteur, étirant alors le suaire morbide d'une nuit glaciale, le tandem n'a pas non plus son pareil pour vidanger des riffs à la fois obsédants et accrocheurs, ce dont témoigne 'The Hardship Of The Scots', joyau taillé dans la roche d'un heavy doom ténébreux. Mais derrière le paravent cradingue d'une basse venimeuse qui claque comme une peau tendue par des crocs de boucher et des vocalises lavées au détergent, on devine un travail d'écriture et d'instrumentation extrêmement précis, œuvre de musiciens aussi aguerris que complices. Par les nombreuses couches sur lesquelles il est construit, 'Alp Man' illustre ainsi la force souterraine d'une partition faussement simpliste à laquelle un canevas étiré donne le temps de se répandre en déroulant ses lourds tentacules. Avec The Underground Resistance et Arctic Thunder, Old Star paraît former un triptyque dont la sève heavy doom qui le nourrit ne l'exonère pas de l'atmosphère froide et nocturne propre au black metal, démontrant en cela que Darkthrone n'a pas déserté la cause qu'il exprime à sa façon, aussi personnelle qu'intemporelle et toujours si malsaine et evil. Le duo norvégien continue donc d'entretenir sa légende, plus que jamais sourd aux modes. Il n'y a pas de raison qu'il change ni qu'il stoppe la machine.  The cult is alive ! (14.07.2019 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...