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Litanie - In Nomine Humana, Tenebris (2013)


Trois titres il y a deux ans coulés dans une alliance éphémère scellée avec Desolation, l'autre projet de son bassiste et de son ancien batteur, c'était à la fois peu mais alléchant en cela que cette participation nous avait surtout donné envie d'en entendre davantage de la part de Litanie, hydre à deux têtes mais avant tout celle du sieur F. Gryp par ailleurs membre de Kveste et Wintermoon qu'il partage également avec son comparse Désolation. C'est désormais chose (bien) faite avec son méfait séminal longue durée, In Nomine Humana, Tenebris qui voit la nuit sous l'honorable bannière de Unlight Order Productions. Ce premier album fait plus que confirmer les bonnes impressions laissées par Cadavres, son devancier, il s'inscrit carrément parmi les meilleures offrandes que la chapelle noire hexagonale, dans sa définition pure et orthodoxe, nous ait offerte cette année avec celle de Christicide, Mortis Mutilati et Moonreich. Oui, pourquoi pas ? Bénéficiant d'une prise de son tranchante et claire à la fois, l'opus est le terrier d'un Black Metal froid et implacable comme il se doit, bouffé par l'obscurité ce qui ne l'exonère cependant pas de touches mélodiques parcimonieuses, notamment lorsque ses auteurs laissent libre court à leur amour pour Immortal, témoins les deux sentinelles que sont l'amorce éponyme et le terminal "Pulchritudinem Hominis Perditi", saillie épique dont les 8 minutes percent dans la nuit noire de majestueux paysages figés par le souffle du Grand Nord. 


Les ambiances, les sonorités, la manière de faire claquer les instruments sont presque identiques. il y a ce même feeling glacial comme la roche en hiver. Cela pourrait être embrassant mais confère pourtant à la chose une part de son pouvoir d'envoûtement. Un envoûtement néanmoins abyssal. A la fielleuse vélocité parfois de mise, comme le démontrent "Le silence du protecteur", que perfore toutefois une infernale décélération, et plus encore "Procession" qui  lui succède en un torrent de froide négativité déchainée, Litanie favorise, à partir  de "L'antre de la folie" et sans pour autant museler sa puissance brutale et malsaine, les tempos reptiliens, créatures rampantes au fond de longs conduits humides qui serpentent dans les entrailles de cryptes sinistres aux dimensions infernales, à l'image du lent "Clair de Lune". Si, gargouillis écorchés, le chant manque d'imagination, la qualité de la partition nous fait oublier cette relative faiblesse. Solides et fascinantes, ces compositions libèrent des ambiances nocturnes suintant un occultisme lugubre, avec toujours en filigrane une forme de mélancolie âpre et pluvieuse. S'il est un de ces albums à l'exposition inversement proportionnelle à sa réussite, Nomine Humana, Tenebris n'en confirme pas moins la vivacité de l'art noir tricolore. (2013 | LHN) ⍖⍖

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