Il était écrit que Klaus Schulze, le roi, le pionnier de la musique électronique allemande et Lisa Gerrard, la reine de la World Music grâce à son implication dans le mythique Dead Can Dance (existe-t-il encore quelques puceaux pour l’ignorer ?) se rencontreraient un jour. Certains des derniers opus du maître (The Crime Of Suspense, Ballett 3) ou bien encore le titre « Euro Caravan » sur Kontinuum confirmaient cette évidence. Et depuis l’annonce de leur collaboration, les fans respectifs des deux légendes s’existaient comme des fous, n’en pouvant plus d’attendre de pouvoir déguster le fruit de leur union attendue. Las, nombreux sont ceux qui risquent d’être déçus. Ceux qui espéraient un croisement entre le groupe australien et l’Allemand en seront pour leur frais. Qui plus est, Farscape se révèle être une œuvre difficile d’accès. Austère. Déjà sa durée – en gros quasiment deux heures et demi de musique ! – ne facilite pas son appréhension. Le fait que toutes les pistes soient baptisées du même nom (« Liquid Coincidence ») que seuls des numéros distinguent les unes des autres rend encore un peu plus dur l’immersion d’un album qui, de fait, requiert de la part l’auditeur, un effort de concentration. Car il est facile, durant la première écoute de ne rien retenir de ces sept (très) longues plages (plus d’une vingtaine de minutes en moyenne) ; Farscape a tôt fait de planer au-dessus des esprits sans laisser une trace, si ce n’est sans doute celle imprimée par Lisa Gerrard, toujours aérienne avec sa brise vocale insaisissable, solennelle et contemplative propice à la rêverie et au recueillement.
C’est elle dont on remarque de prime abord le talent demeuré intact en dépit des années, au détriment d’un Klaus Schulze discret. Faussement. Car, si avec intelligence le musicien tend à s’effacer, ses nappes de synthétiseurs n’en demeurent pas moins bien présentes ; elles se fondent, se coulent dans l’ensemble, soulignent les interventions presque religieuses de la chanteuse au point de ne faire qu’un avec celle-ci. Surtout, elles répandent un tapi d’atmosphères fantomatiques, froides, presque cliniques (comme l’illustre « Liquid Coincidence IV », noir et funéraire), à l’image du visuel qui sert d’écrin à l’offrande dont on ne sait pas si cette une vue futuriste ou bien une représentation du couloir menant les âmes vers l’au-delà. Par sa froideur, Farscape fait écho à l’œuvre précédente de Schulze, le sombre et quasi ambiant, Kontinuum. Il serait vain de se lancer dans une description détaillée de chacune des sept complaintes gravées tant elles finissent par former un tout homogène, planant, spectral et à la mélancolie palpable. Elles sont toutes à peu de chose prêt construite sur un schéma identique : la gracieuse Lisa Gerrard entre en scène avec sa voix profonde et si singulière tandis que les claviers de l’ex Ash Ra Tempel s’élèvent peu à peu pour finir par fusionner en une invitation au voyage, un voyage introspectif et hypnotique à la simplicité et au caractère envoûtant (bien réel pourtant) des plus trompeurs. Car, et on en prend conscience les écoutes aidant, Farscape a quelque chose d’une course en avant vers une fin incertaine que l’on devine être d’une grande tristesse. Voilà donc une œuvre belle mais beaucoup plus dramatique, voire tragique, qu’il n’y paraît. Une rencontre qui tient donc toutes ses promesses, bien qu’elle nécessite de nombreuses visites pour en goûter toutes les richesses et dont on espère quelle donnera à l’avenir d’autres enfants aussi brillants et magnifiques de celui-ci. (26.07.2008) ⍖⍖⍖
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