Accéder au contenu principal

Klaus Schulze & Lisa Gerrard - Farscape (2008)


Il était écrit que Klaus Schulze, le roi, le pionnier de la musique électronique allemande et Lisa Gerrard, la reine de la World Music grâce à son implication dans le mythique Dead Can Dance (existe-t-il encore quelques puceaux pour l’ignorer ?) se rencontreraient un jour. Certains des derniers opus du maître (The Crime Of Suspense, Ballett 3) ou bien encore le titre « Euro Caravan » sur Kontinuum confirmaient cette évidence. Et depuis l’annonce de leur collaboration, les fans respectifs des deux légendes s’existaient comme des fous, n’en pouvant plus d’attendre de pouvoir déguster le fruit de leur union attendue. Las, nombreux sont ceux qui risquent d’être déçus. Ceux qui espéraient un croisement entre le groupe australien et l’Allemand en seront pour leur frais. Qui plus est, Farscape se révèle être une œuvre difficile d’accès. Austère. Déjà sa durée – en gros quasiment deux heures et demi de musique ! – ne facilite pas son appréhension. Le fait que toutes les pistes soient baptisées du même nom (« Liquid Coincidence ») que seuls des numéros distinguent les unes des autres rend encore un peu plus dur l’immersion d’un album qui, de fait, requiert de la part l’auditeur, un effort de concentration. Car il est facile, durant la première écoute de ne rien retenir de ces sept (très) longues plages (plus d’une vingtaine de minutes en moyenne) ; Farscape a tôt fait de planer au-dessus des esprits sans laisser une trace, si ce n’est sans doute celle imprimée par Lisa Gerrard, toujours aérienne avec sa brise vocale insaisissable, solennelle et contemplative propice à la rêverie et au recueillement. 


C’est elle dont on remarque de prime abord le talent demeuré intact en dépit des années, au détriment d’un Klaus Schulze discret. Faussement. Car, si avec intelligence le musicien tend à s’effacer, ses nappes de synthétiseurs n’en demeurent pas moins bien présentes ; elles se fondent, se coulent dans l’ensemble, soulignent les interventions presque religieuses de la chanteuse au point de ne faire qu’un avec celle-ci. Surtout, elles répandent un tapi d’atmosphères fantomatiques, froides, presque cliniques (comme l’illustre « Liquid Coincidence IV », noir et funéraire), à l’image du visuel qui sert d’écrin à l’offrande dont on ne sait pas si cette une vue futuriste ou bien une représentation du couloir menant les âmes vers l’au-delà. Par sa froideur, Farscape fait écho à l’œuvre précédente de Schulze, le sombre et quasi ambiant, Kontinuum. Il serait vain de se lancer dans une description détaillée de chacune des sept complaintes gravées tant elles finissent par former un tout homogène, planant, spectral et à la mélancolie palpable. Elles sont toutes à peu de chose prêt construite sur un schéma identique : la gracieuse Lisa Gerrard entre en scène avec sa voix profonde et si singulière tandis que les claviers de l’ex Ash Ra Tempel s’élèvent peu à peu pour finir par fusionner en une invitation au voyage, un voyage introspectif et hypnotique à la simplicité et au caractère envoûtant (bien réel pourtant) des plus trompeurs. Car, et on en prend conscience les écoutes aidant, Farscape a quelque chose d’une course en avant vers une fin incertaine que l’on devine être d’une grande tristesse. Voilà donc une œuvre belle mais beaucoup plus dramatique, voire tragique, qu’il n’y paraît. Une rencontre qui tient donc toutes ses promesses, bien qu’elle nécessite de nombreuses visites pour en goûter toutes les richesses et dont on espère quelle donnera à l’avenir d’autres enfants aussi brillants et magnifiques de celui-ci. (26.07.2008) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...