Accéder au contenu principal

Jean-Pierre Melville - Un flic (1972)


Testament du réalisateur, Un flic marque, après Le samouraï (1967) et Le cercle rouge (1970), la troisième collaboration entre Jean-Pierre Melville et Alain Delon. C’est aussi le plus faible du lot. C’est pourtant un film purement melvillien avec ses longs plans séquences, ses boites de nuit, ses pavillons de banlieue isolés aux intérieurs décrépis, ses flics qui traquent des malfaiteurs, ses paysages engourdis par une froideur sinistre, ses silences… Delon, pour la première fois dans la peau d’un flic, se montre toute en intériorité glaciale, le visage blême, le regard bleu vide de la moindre trace de vie sinon d’émotions, sexuellement équivoque par ailleurs. Il est flanqué de solides acteurs, français (Paul Crauchet, André Pousse) ou américain (Richard Crenna) dont certains se limitent à de courtes apparitions (Jean Desailly et son épouse Simone Valère).  En ouverture, le casse d’une banque planté au bord de la mer, dans une station balnéaire désertée par ses habitants et battue par les vents se révèle pour le moins insolite voire surréaliste. Melville y apparaît au sommet de son art. C’est la scène la plus marquante du film. La seule aussi. Ivre de son style inimitable, le réalisateur ne se renouvelle ni dans la forme ni dans le fond, se contentant d’égrener les codes que ses précédents polars ont fixés. 


Mais l’envoûtement opère moins cette fois-ci et la lenteur hypnotique de son style confine à la morosité davantage qu’à l’abstraction tragique. Par conséquent, il apparaît moins inspiré que de coutume dans ses choix. Ainsi, on cherche toujours à quoi sert Catherine Deneuve qui ne doit avoir que trois répliques. Réduits à des enveloppes désincarnées, les personnages ne nous intéressent pas tellement. Et même la longue séquence du train s’avère laborieuse, interminable et moquée pour le recours trop visible à des petites maquettes. Melville s’en était défendu en se référant à Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock mais si ces trucages pouvaient sembler ingénieux et poétiques en 1938, ils s’avèrent franchement risibles en 1972. Mal aimé, Un flic clôt la carrière de Jean-Pierre Melville sur une note amère, œuvre incontestablement inférieure à ses devancières mais que sauvent néanmoins son atmosphère désenchantée et la signature prégnante de son auteur. Blessé par cet échec, le cinéaste meurt l’année suivante alors qu’il prépare Contre-enquête avec Yves Montand, film qui ne verra jamais le jour bien que Philippe Labro ait un temps envisagé de mener le projet à son terme. (18.10.2024) ⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Brian De Palma - Blow Out (1981)

Brian De Palma s’est imposé dans les années 70 grâce à une série de films très personnels, thriller ( Obsession ) ou fantastique ( Carrie , Phantom Of The Paradise ), dont l’affolante virtuosité technique a fait de lui l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Après le succès de Pulsions , il souhaite à l’aube des années 80 s’extraire du cinéma de genres et se frotter à des projets plus ambitieux. L’adaptation du roman de Robert Daley, Le prince de New York , devait lui en fournir l’occasion mais il est finalement renvoyé de la production, remplacé par Sidney Lumet. A la place, il réalise Blow Out dont il est l’auteur du scénario. De prime abord, celui-ci semble s’inscrire dans la continuité de ses films précédents, particulièrement du fait de cette influence hitchockienne toujours de mise et dont il ne se départira vraiment qu’après Body Double (1984). Le héros qui sauve une femme de la noyade, la cloche de la liberté, cette variation autour du cri ou cette course-poursuit...

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...