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Moonreich - Terribilis Est Locust Iste (2013)


Votre serviteur se souvient encore du jour où Zoon Politikon a débarqué dans ses cages à miel, EP séminal dont l'efficacité ne permettait pas à ses auteurs de se distinguer d'une chapelle noire au bord de l'indigestion. C'était en 2009, il n'y a donc pas si longtemps. Et pourtant, l'écoute de Terribilis Est Locus Iste achevée, une éternité semble séparer ces deux offrandes tant le groupe a progressé en l'espace de quatre petites années. Le fait qu'il ne reste plus grand chose de la formation originelle, si ce n'est bien entendu Weddir, au départ guitariste, désormais chanteur, n'est du reste peut-être pas étranger à cette bonification car grand bien en a pris au musicien de s'emparer du micro et de recruter les solides Arawn à la guitare et Macabre à la basse, tous les deux par ailleurs actifs dans quelques unes des hordes les plus estimables que l'hexagone abrite dans le genre, Neptrecus pour le premier, Mortis Mutilati pour le second. Complété par le batteur Odarec, on sent bien que Moonreich a maintenant rassemblé les pièces lui permettant de donner la pleine mesure de son art. Malgré sa petite vingtaine de minutes, Curse Them a commencé à déflorer un potentiel plus grand que ce que Zoon Politikon et, dans une moindre mesure, Loi Martiale, laissaient imaginer. Terribilis Est Locust Iste prouve que Moonreich est devenu grand. 


Son identité s'est affirmée, ceci expliquant sans doute cela, architecte d'un Black Metal à la noirceur hallucinée, turgescence noire et crasseuse qui palpite d'une sève au goût de fiel. Plus assuré, le groupe n'hésite pas à se lancer dans la fondation de longs et robustes tumulus, fleurtant parfois avec les dix minutes au jus. On aurait pu craindre que cette insolente érection faiblissent en cours de route, or il n'en est rien, Moonreich maintenant sa vigueur tout du long. Mieux, c'est dans des profondes reptations telles que Hidden Mystical World, Bright Monring Star ou ... And A Star Fell As The Fith Sound, et nonobstant la puissance destructrice de saillies plus courtes à l'image d'Oppressive Light, que l'album gagne tout son intérêt et où la formation exprime le mieux sa personnalité, minérale et rugueuse à la fois. Le résultat est cet art noir intense qui se déploie par le biais de titres extrêmement denses, organismes bouillonnant d'un stupre haineux, à l'intérieur desquels fermente une inspiration tumultueuse. Nos Conspuere In Vobis que laminent des guitares aux allures de scalpels, Cursed The Day, Hailed The Night et son ouverture rampante, sans oublier le titre éponyme, alternance de coups de boutoir fiévreux et de breaks morbides, par exemple, définissent une oeuvre maîtrisée jusqu'au bout de sa folie. Avec toujours ce son son tranchant et sale, qui racle les chair, fouaille la terre pour y libérer des vestiges de cultes obscurs et monstrueux. Un très grand disque. (01.05.2013 | LHN) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...