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Klaus Schulze - Cyborg (1973)


Les regrettées années 70 étaient vraiment synonymes de liberté. En effet, qui aujourd’hui pourrait se permettre d’accoucher d’un double album composé uniquement de quatre pistes ? Et instrumental de surcroît. Klaus Schulze peut-être, car c’est justement de lui dont il s’agit. Fort de ses (éphémères) participations dans diverses formations telles que Tangerine Dream ou Ash Ra Tempel avec son ami Manuel Göttsching et d’un premier essai prometteur (Irrlicht) publié l’année précédente, le claviériste n’a donc pas peur d’enfanter ce que rares ont tenté  jusqu’à présent, hormis les Beatles et Pink Floyd, c’est-à-dire une double ration de musique. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser suggérer, Cyborg ne braconne pas sur les terres du space-rock et de la musique cosmique ou futuriste. Grand fan de science-fiction et de Frank Herbert en particulier (auteur auquel il fera maintes fois référence, que l’on songe au titre “ Frank Herbert ” sur X. sans oublier bien évidemment l’album Dune), Schulze n’a comme unique ambition de s’inspirer de son univers et non pas de quitter la terre ferme pour aller planer dans un trip spatial sentant bon la fumette. 


Si Irrlicht était encore imprégné des effluves psychédéliques qui noyaient l’unique opus que le maître a enregistré avec Tangerine Dream, le superbe Electronic Meditation (1970), Cyborg se présente vraiment comme sa première œuvre empreinte de son identité et de son style. Plutôt que cosmique, c’est surtout de musique électronique, au sens premier du terme, dont il s’agit, quatre plages de plus de 20 minutes chacune, bricolées dans un studio berlinois au début de l’année 73, quatre voyages sonores froids et contemplatifs bâtis autour d’une myriades de sons qu’irriguent des synthétiseurs virtuoses sans jamais être pompeux, qui prolifèrent, grouillent, se reproduisent, au point de former une enveloppe insaisissable et opaque, presque oppressante par moment. Ces titres affichent parfois des oripeaux orchestraux (“ Chromengel ”) ou carrément liturgiques (“ Neuronengesang ”) et drainent une tristesse sourde. Volontairement répétitif et monolithique, Cyborg est une œuvre austère, aride et exigeante dans laquelle il n’est pas aisé de se couler et qui réclame des écoutes nombreuses, tant “ Synphära ”, “ Conphära ”, “ Chromengel ” et “ Neuronengesang ” finissent par se confondre et ériger un bloc mystérieux et envoûtant d’une étrange beauté pour qui saura les apprivoiser. Pas le disque le plus approprié pour découvrir l’Allemand, mais sans doute un de ses chefs-d’œuvre. Pour les inconditionnels, sachez que la réédition en cd a été complétée d’un morceau live capturé en 1977 de près d’une heure ! Les regrettées années 70 étaient vraiment synonymes de liberté. (2008) ⍖⍖⍖⍖

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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

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Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...