Accéder au contenu principal

Blake Edwards - Opération jupons (1959)


Durant la Seconde Guerre mondiale, un sous-marin américain recueille des jeunes femmes. D’où problèmes. Opération jupons peut être considéré comme la première œuvre majeure de Blake Edwards ainsi que sa première grande comédie, celle où les qualités narratives et comiques qui feront le succès de ses films suivants, commencent à s’imposer. Construite autour d’un long et judicieux flash-back, l’odyssée de ce sous-marin se découpe en deux parties distinctes. La première partie est consacrée à la vie et aux péripéties de l’équipage lancé dans la Seconde Guerre mondiale après l’attaque de Pearl Harbor. Mais tout de suite, le caractère dramatique de cet événement déterminant se trouve désamorcé par l’humour que le réalisateur injecte, d’abord par petites touches, puis d’une façon de plus en plus délirante. On tient là une des constantes de l’œuvre de Blake Edwards, à savoir un comique dévastateur et paroxysmique (il n’y a qu’à penser à La Party ou aux films de la série La panthère rose pour s’en convaincre). Tournant autour de l’invasion des femmes à bord du submersible, la seconde partie met aussi la guerre en scène mais celle-ci est de nature bien différente et moins dangereuse (quoique) puisqu’il s’agit de l’éternelle guerre des sexes, où les hommes la ramènent finalement beaucoup moins, voire ne savent carrément plus trop quoi faire (cf. le mécano campé par Arthur O’Connell). 


Si par ce thème, le film peut se rapprocher des comédies de Howard Hawks et la présence au générique de Cary Grant, un de ses acteurs fétiches, n’est peut-être pas fortuite, le traitement de l’histoire et humour qui y est distillé, inspiré du burlesque, s’avèrent en vérité très éloigné de l’auteur de L’impossible monsieur bébé. Entre répliques cinglantes et clins d’œil coquins, la recherche de l’effet comique s’articule de différentes manières. Elle s’appuie déjà sur la dualité entre Cary Grant, raide et impassible, et Tony Curtis, officier (forcément) dragueur et débrouillard, qui ne se contente que de luxe et de champagne. L’acteur inaugure là avec brio la parodie du dandy playboy qu’il retrouvera dans un autre classique de Blake Edwards, La grande course autour du monde, en plus génial encore. Il s’agit également d’un comique de situation. Prenez un sous-marin (difficile de faire mieux pour la promiscuité), rempli de bonshommes, lâchez-y des gonzesses (dont Joan O’Brien et sa poitrine atomique) : effets garantis ! C’est encore là une des spécialités du cinéaste : prendre une situation de base et en tirer le maximum. En cela, il utilise merveilleusement toutes les possibilités humoristiques du scénario et du cadre offert par le sous-marin (les douches, les coursives étroites, les sous-vêtements…). Par sa recherche des effets comiques, Opération jupons est un modèle du genre. La mécanique infernale que Blake Edwards imprime à un humour détonant annonce déjà ses futurs chefs-d'œuvre. (2000) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...