Durant la Seconde Guerre mondiale, un sous-marin américain recueille des jeunes femmes. D’où problèmes. Opération jupons peut être considéré comme la première œuvre majeure de Blake Edwards ainsi que sa première grande comédie, celle où les qualités narratives et comiques qui feront le succès de ses films suivants, commencent à s’imposer. Construite autour d’un long et judicieux flash-back, l’odyssée de ce sous-marin se découpe en deux parties distinctes. La première partie est consacrée à la vie et aux péripéties de l’équipage lancé dans la Seconde Guerre mondiale après l’attaque de Pearl Harbor. Mais tout de suite, le caractère dramatique de cet événement déterminant se trouve désamorcé par l’humour que le réalisateur injecte, d’abord par petites touches, puis d’une façon de plus en plus délirante. On tient là une des constantes de l’œuvre de Blake Edwards, à savoir un comique dévastateur et paroxysmique (il n’y a qu’à penser à La Party ou aux films de la série La panthère rose pour s’en convaincre). Tournant autour de l’invasion des femmes à bord du submersible, la seconde partie met aussi la guerre en scène mais celle-ci est de nature bien différente et moins dangereuse (quoique) puisqu’il s’agit de l’éternelle guerre des sexes, où les hommes la ramènent finalement beaucoup moins, voire ne savent carrément plus trop quoi faire (cf. le mécano campé par Arthur O’Connell).
Si par ce thème, le film peut se rapprocher des comédies de Howard Hawks et la présence au générique de Cary Grant, un de ses acteurs fétiches, n’est peut-être pas fortuite, le traitement de l’histoire et humour qui y est distillé, inspiré du burlesque, s’avèrent en vérité très éloigné de l’auteur de L’impossible monsieur bébé. Entre répliques cinglantes et clins d’œil coquins, la recherche de l’effet comique s’articule de différentes manières. Elle s’appuie déjà sur la dualité entre Cary Grant, raide et impassible, et Tony Curtis, officier (forcément) dragueur et débrouillard, qui ne se contente que de luxe et de champagne. L’acteur inaugure là avec brio la parodie du dandy playboy qu’il retrouvera dans un autre classique de Blake Edwards, La grande course autour du monde, en plus génial encore. Il s’agit également d’un comique de situation. Prenez un sous-marin (difficile de faire mieux pour la promiscuité), rempli de bonshommes, lâchez-y des gonzesses (dont Joan O’Brien et sa poitrine atomique) : effets garantis ! C’est encore là une des spécialités du cinéaste : prendre une situation de base et en tirer le maximum. En cela, il utilise merveilleusement toutes les possibilités humoristiques du scénario et du cadre offert par le sous-marin (les douches, les coursives étroites, les sous-vêtements…). Par sa recherche des effets comiques, Opération jupons est un modèle du genre. La mécanique infernale que Blake Edwards imprime à un humour détonant annonce déjà ses futurs chefs-d'œuvre. (2000) ⍖⍖⍖
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