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Joseph Losey - M (1951)


On l'a un peu oublié aujourd'hui mais M le maudit a fait l'objet d'un remake en 1951 par Joseph Losey. Quelle idée, curieuse, insolente ou tout simplement inconsciente, d'ailleurs de se frotter à ce qui est déjà considéré à l'époque comme un chef-d'œuvre du cinéma ! L'entreprise fut-elle imposée à Losey ? Metteur en scène alors encore peu expérimenté (il n'a que trois films à son actif dont Le garçon aux cheveux verts) et dont les sympathies communistes ne tarderont pas à le contraindre à l'exil, il est probable qu'il n'a guère eu le choix, sans que l'exercice n'ait été pour lui déplaire. Embarrassé par des contraintes qui le privent d'une liberté narrative, Losey n'en signe pas moins, sous le vernis d'une modeste série B, une œuvre très personnelle, à laquelle il appose sa griffe. Celle-ci s'exprime tout d'abord par l'usage de décors naturels fournis par Los Angeles dont il utilise à merveille les tunnels, cages d'escaliers, baraques délabrées, comme un personnage à part entière, transformant par exemple les entrailles du Bradbury Building en une panse labyrinthique que sa caméra fouille avec une mobilité anxiogène. 


Plus sinistre que pittoresque, ce théâtre urbain injecte de facto à ce remake les atours crapoteux du film noir dont il véhicule à la fois l'atmosphère et la nervosité. La première doit beaucoup à la photographie ombreuse de Ernest Lazlo, la seconde à Robert Aldrich qui officiait sur le tournage comme assistant-réalisateur. La grande force de M réside ainsi dans cette façon de couler le matériau allemand d'origine dans le creuset du film noir américain, par ailleurs lui-même inspiré de l'expressionnisme européen. En outre, le long-métrage de Losey se distingue de M le maudit par le portrait qu'il dessine de ce tueur d'enfant. Au monstre fiévreux incarné par Peter Lorre sous les traits duquel se cachait l'infâme comme une métaphore de la montée du nazisme, le futur auteur du Messager préfère un pauvre ère, triste et pathétique, finalement plus victime que créature maléfique (David Wayne y trouve son meilleur rôle). Il y a quelque chose de presque enfantin en lui, lorsqu'il traine dans les fêtes foraines ou s'émerveille devant un petit train électrique. Face lui, le tribunal populaire qui le juge parait étonnamment ridicule et cruel...  (13.06.2023) ⍖⍖


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Doro - Doro (1990)

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Paradise Lost - Medusa (2017)

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