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Rorcal / Process Of Guilt - Split (2014)


La genèse d’un split s’accompagne toujours d’une part de mystère. Qui en est à l’origine ? Le label qui le produit ou bien ses participants ? Dans le cas de cette alliance helvético-lusitanienne, on ne sait pas trop qui a eu l’idée de réunir Rorcal et Process Of Guilt. A l’écoute de la chose, en revanche, on comprend bien pourquoi, cérémonie noire et organique d’un nihilisme bruitiste dans son expression d’une brutalité épidermique que les deux groupes, bien que différents, animent avec une puissance aussi dévastatrice que goudronneuse. Limité à 666 copies (ça ne s’invente pas) en format vinyle (quoi d’autre ?) uniquement,  le fruit de cette association n’est de fait pas à glisser entre toutes les oreilles. Nombreux sont ceux qui n’y verront qu’une espèce de viol sonore à l’intérêt proche du néant. Mais une minorité courageuse que n’effraient pas des assauts mortifères y trouvera sans aucune doute matière à nourrir un machisme doloriste. C’est bien entendu le cas de votre serviteur. Bien que courte (une petite trentaine de minutes au garrot), l’oeuvre se mérite tant elle imprime dans la chair une violence tendue aux confins d’une folie contaminatrice. Elle est aussi un vrai split en cela que chacun des deux protagonistes y crache sa semence, chacun de leur côté sans chercher à se mélanger. 

Faisant fi des inutiles préliminaires, Rorcal vomit les trois premières pistes, sauvages et rapides saillies qui voient les Suisses désormais s’abîmer franchement dans les entrailles du Black Metal le plus brutal. Sans renier tout à fait ses racines Hardcore dont il ne reste certes plus que quelques oripeaux, notamment cette espèce d’urgence explosive, le groupe accouche alors d’un monstre improbable que lacèrent des guitares venimeuses et polluées. On lui préfèrera le plus effroyable encore triptyque des Portugais, ce ‘Liar’ en trois mouvements aussi hallucinés que viciés entre Sludge et messe incantatoire. Le premiers d’entre eux voit ses géniteurs franchir encore un palier supplémentaire vers l’indicible, plongée pétrifiée au fond d’un gouffre sans fin. Rythmique en apnée, guitares épaisses au goût de rouille et chant colérique sont les excavatrices nous entraînant dans des arcanes telluriques. La seconde partie du morceau, qui tricote des instants comme suspendus au-dessus de la mort, est particulièrement réussie. Et belle avec ça, pour qui est réceptif à cette forme de beauté déglinguée et funeste s’entend… Avec ses roulements de toms en ouverture, le deuxième segment emporte tout dans son sillage plombé avant de céder la place à une conclusion instrumentale au bord de la rupture faite de larsens hurlants. Point final. (17.01.2015 | Sound Protest) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...