Accéder au contenu principal

Process Of Guilt - FÆMIN (2012)


Grâce, ou à cause, c'est selon, du téléchargement illégal, nombre de groupes se retrouvent dans une situation aussi inédite que paradoxale qui les voit ne presque plus vendre d'albums alors que leur musique n'a jamais été autant entendue, n'a jamais autant circulée. Prenons l'exemple de Process Of Guilt. Soyez-en sûr, les Portugais n'ont sûrement pas écoulé des palettes entières de leurs deux premières enclumes (Renounce en 2006, puis Erosion, trois ans plus tard). Pourtant, ils bénéficient grâce à ceux-ci d'une réputation grandissante au sein d'une scène Sludge Doom surpeuplée. Le plus important est-il de se remplir les fouilles ou de voir son art échappé à l'anonymat ? Tout ça pour dire que Process Of Guilt s'est donc fait un nom à la manière d'aujourd'hui, donc très différente de celle en vigueur il y a vingt ans, ce qui est amplement mérité eu égard à la qualité de ses créations. Avec FÆMIN, il enfonce même encore davantage le clou, accouchant d'un Golem terrassant dont les pieds n'ont pas la fragilité de l'argile, bien au contraire. En cinq derelicts viciés, les Portugais déroulent leur incontestable maîtrise du riff pachydermique, de l'atmosphère mortifère, sans rien inventer peut-être, mais avec cette profondeur tellurique qui leur permet d'être supérieures au tout venant. 


Chant rugueux et rageur, rouleaux rythmiques d'une puissance à arracher la tapisserie, et socle lourd comme un porte-avions, définissent un Sludge Doom charbonneux d'une noirceur désolée. Dès "Empire", c'est une chape de plomb qui vous tombe sur la gueule en même temps qu'une nuit noire qui se prolongera longtemps encore après les ultimes mesures de "Faemin" achevées. Process Of Guilt creuse d'infernales excavations, rencontrant parfois une forme de beauté, triste bien entendu, comme ce "Cleanse" suspendu au-dessus d'un cratère sans fin. S'enchaînant les uns aux autres, ces titres, d'une durée toujours conséquente, qui offre à leurs géniteurs tout le loisirs de sculpter des instants pétrifiés ("Blindfold") comme ils en ont le secret, dressent un seul bloc massif, compact, suffocant dont on ne se libère pas indemne. Comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs ? La seconde partie du morceau éponyme et surtout terminal qui s'enfonce peu à peu dans les arcanes de la terre jusqu'à sa définitive conclusion sous les coups de boutoir de guitares prisonnières d'une gangue de désespoir, illustre cet état de fait. FÆMIN est un monstre organique qui, sans redéfinir les codes du genre, l'honore avec brio et une énergie souterraine. Une découverte pour certains et une confirmation pour les autres. (16.08.2012 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...