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Blake Edwards - La party (1968)


Bien qu'il ait touché non sans bonheur à des genres aussi variés que le western (Deux hommes dans l'ouest), le drame (Le jour du vin et des roses), le polar (Opération clandestine) ou l'espionnage (Peter Gunn), on se souvient surtout de Blake Edwards pour ses comédies. Entre la romance douce-amère de Diamants sur canapé, la parodie guerrière de Opération jupons et Qu'as-tu fais à la guerre papa ? ou l'aventure burlesque de La grande course autour du monde se glisse bien entendu le corpus de films qui l'associe au génial Peter Sellers dont il est celui qui a révélé à l'écran son génie comique. Aux côtés des épisodes, inégaux, de la série La panthère rose, il y a The Party, très certainement la comédie la plus achevée à la fois du réalisateur et du comédien. Pourtant, le scénario tient sur quelques lignes. Un acteur indien de second plan, gaffeur de surcroît, après avoir fait explosé le décor du film dans lequel il joue, se retrouve par accident invité à une soirée mondaine organisée par le producteur, qui se tient dans une villa qu'il va contribuer à saccager avec candeur et innocence. 

Inspiré autant par le cinéma muet que par Jacques Tati, Blake Edwards plonge Sellers dans une maison à l'architecture novatrice  comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, utilisant tout l'espace offert par ce décor unique ainsi que la folie de son comédien dont il lâche la bride comme jamais en une cascade comique paroxysmique. A la manière des dominos, en une mécanique joyeusement huilée, chaque gag entraîne un incident qui entraîne un nouveau gag et ainsi de suite. Chaque personnage, même secondaire, contribue aux rires, devenant tout à tour acteur et spectateur (le serveur ivre par exemple). La force du film naît également du contraste qui sépare le rythme choisi par Edwards et la furie anarchique qui déborde de l'écran. Gentiment, La Party égratigne les moeurs hollywoodiennes, ce monde hypocrite où une aspirante comédienne doit (déjà) coucher dans l'espoir d'obtenir un rôle, même si la scène est dédramatisée par la moumoute du producteur. A la fin de sa carrière, après avoir essuyé nombre de déconvenues, le réalisateur se montera toutefois bien plus féroce avec S.O.B.. Mais il est intéressant de noter que les personnages les plus vrais sont au final les deux étrangers, verrue d'un milieu en toc qu'ils vont dynamiter... comme un décor de cinéma. (27.02.2020) ⍖⍖⍖⍖





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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...