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Darkthrone - Arctic Thunder (2016)


Fort d'une carrière longue de presque trente ans déjà, Darkthrone n'a plus rien à prouver et emmerde tout le monde : les ayatollahs, qui sont restés bloqués sur les fondateurs A Blaze In The Nothern Sky ou Transilvanian Hunger et estiment que les deux frères d'armes, Fenriz et Nocturno Culto, ont tort de téter désormais les seules mamelles d'un heavy metal antédiluvien. Et ceux qui les jugent vendus à la solde du label Peaceville qui ne manque pas chaque année de multiplier rééditions, compilations et autres miettes afin de capitaliser toujours un peu plus sur la légende du black metal norvégien... dont il ne reste en effet plus grand chose. Est-ce à dire pourtant que le tandem a perdu la flamme qui guidait ses premiers balbutiements dans la clarté lugubre d'une glaciale pleine lune ? Que nenni. Bien que plus avare de sa semence depuis Circle The Wagons en 2010, le groupe n'en continue pas moins de sculpter dans la roche froide des fjords qui l'ont vu naître un art plus intemporel qu'anachronique, loin des modes et des évolutions qui travaillent le genre en souterrain. Est-ce à dire également que Darkthrone n'évolue plus, se contentant de ruminer le même proto speed thrash au fil de ses rondelles ? Il suffit de comparer The Underground Resistance et Arctic Thunder qui nous intéresse présentement, pour se rendre compte que, à leur mesure, les deux vétérans ne font pas du surplace. 


De fait, aux influences très Mercyful Fate / King Diamond qui alimentaient non sans réussite d'ailleurs son prédécesseur, ce dix-septième (!) album préfère les pachydermiques modelés d'un heavy, certes toujours aussi primitif mais secoué par les coups de pilon d'un doom rocailleux. Si les tempos aussi sinistres que lancinants n'ont jamais été pour leur déplaire, comme en témoignait déjà il y a vingt ans un 'Quintessence' (sur "Panzerfaust") que les premières mesures de l'inaugural 'Tundra Beach' ne sont pas sans évoquer, les Norvégiens, lents et pesants tout du long, n'enclenchent cette fois-ci presque jamais la seconde, même s'il leur arrive d'avoir le palpitant qui s'emballe soudainement à l'image d'un 'Deep Lake Tresspass' au rythme implacable et fissuré par un fugace solo étonnamment mélodique. Alors bien sûr, cela reste du pur Darkthrone. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement avec la voix de Nocturno Culto, nourrie au Destop et avec cette prise de son minimaliste ? Mais en serrant plus que de coutume le frein à main, témoin ce 'Throw Me Through The Marshes' que vrillent des riffs engourdis, l'indéboulonnable duo remise une bonne fois pour toute au fond d'une grange perdue dans les bois le black rétrograde parfois bâclé de mise sur Sardonic Wrath ou The Cult Is Alive par exemple, pour renouer, comme il avait su le faire avec "The Underground Resistance" mais d'une manière (un peu) différente, avec un feeling aussi nocturne que morbide. Sans renier le bon vieux heavy des familles ('Inbred Vermin', et ses influences à la Motörhead, 'The Wyoming Distance'), Arctic Thunder s'enlise dans une terre enneigée que plonge dans une obscurité forestière une nuit éternelle. Cette galette trapue et velue démontre que la légende est intacte, confirmant que ses géniteurs ont raison de (doublement) lever le pied, plus lourds dans leur écriture et plus rares dans leur fertilité. (22.10.2016 | MW) ⍖⍖⍖ 

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...