Accéder au contenu principal

Darkthrone - The Cult Is Alive (2006)


Le black metal, c’est quoi ? Est-ce que c’est une bande de mecs grimés avec des moufles et une truelle chez Leroy Merlin, faisant la gueule sur des photos capturées dans une forêt enneigée et exaltant les “ Unholy Forces Of Evil ” ? Est-ce que c’est une pieuvre misanthrope dont la haine, la solitude, le désespoir macèrent au fond d’une cave à coup de complaintes mortifères et lancinantes ? Est-ce que c’est un loqueteux se prenant pour un viking égrenant des arpèges sentant bon les sapins ? Est-ce que c’est Darkthrone et ses étrons branlés à la vitesse d’un éjaculateur précoce ? Détenteur, avec d’autres de la même génération, du brevet qui a fixé les règles du genre grâce au triangle A Blaze In The Northern Sky, Under A Funeral Moon et Transilvanian Hunger, le groupe œuvre-t-il pourtant vraiment dans le metal noir désormais ? La question vaut son pesant de pentacles car, hormis le paradigme anti-chrétien affiché par le visuel de The Cult Is Alive, sa nouvelle saillie (en attendant la suivante, dans quelques mois…) invariant essentiel de la Sainte chapelle, les deux frères siamois Nocturno Culto et Fenriz donnent l’impression de ne plus avoir grand chose à foutre du genre. 


Depuis Sardonic Wrath (2004), Darkthrone semble avoir trouvé une formule dont ils risquent de plus se départir, celle d’un black metal, certes toujours aussi malsain et dégueulasse ; certes toujours bâti sur ces riffs qui grésillent, ici particulièrement mis à l’honneur, comme sur le venimeux “ De Underjordiske ”, au tempo presque doom par exemple ; certes toujours vomi par le chant râpeux biberonné au Destop du Nocturno ( sauf sur “ Graveyard Slut ”, vociféré par son joyeux compère) mais surtout plus punk et heavy, trahissant de fait plus que jamais l’amour de ses deux papas pour la NWOBHM. Le black metal, c’est quoi déjà ? Du Venom, du Bathroy première ère, voilà ce que c’est…ou peut l’être. Darkthrone, c’est une définition du genre. Pas la seule. Mais, le groupe se moque bien de ces étiquettes, des soi-disantes règles à respecter sinon pan pan cul cul de la part des Ayatollahs bas du plafond chargés de maintenir l’ordre dans la confrérie, et il a bien raison ! Les mecs torchent une musique qui n’appartient qu’à eux et qui leur est avant tout destinée. Si les fans aiment, tant mieux, dans le cas contraire, tant mieux aussi ! Vous avez tapé du pied sur Sardonic Wrath, alors The Cult Is Alive et ses dix glaviots baveux de trois à quatre minutes environ vous fera bandé, même davantage encore car il suinte de très bonnes choses. Par contre, si vous estimez que le tandem n’aurait jamais dû évoluer – car, à sa manière, il évolue ! -, alors vous pouvez entamer votre deuil, parce qu’il est somme toute assez peu probable que Darkthrone vous satisfasse à nouveau un jour… Pourtant, si vous êtes de ceux-là, c’est que vous n’avez rien compris : en fait depuis toujours, les Norvégiens n’ont cessé de forger ce black cru et sale comme un Tampax usagé, mâtiné de heavy et de death primitif. Seule l’approche a un peu changé. Un bon cru donc. (2008) ⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - Au-delà (2010)

De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme. Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le f...

Doro - Doro (1990)

Si sur le papier, Force Majeure marque le point de départ de la carrière solo de la chanteuse, c’est bien ce disque éponyme - son second - qui incarne ses premiers pas hors de Warlock, son aîné n’ayant pu bénéficier d’une sortie sous la bannière du groupe que pour des raisons essentiellement juridiques. Désireuse ne plus être liée à une seule formation dont elle estime qu‘elle bride sa liberté, Doro décide donc désormais de voler de ses propres ailes, ce que confirme bien le nom de cet opus aux airs de nouveau départ. En outre, le succès aidant, elle fait le choix d’affirmer une "américanisation" de sa musique que Triumph and Agony et Force Majeure avaient déjà entamé. Fini les visuels typés heroic fantasy, la jolie teutonne s’affiche sur la pochette de Doro à la manière d’une chanteuse pop. Autre signe qui ne trompe pas : la présence de Gene Simmons (Kiss, mais est-il besoin de le préciser ?) en tant que producteur exécutif. L’avisé musicien et amateur de belles femmes col...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...