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Terence Fisher - La revanche de Frankenstein (1958)


Le succès que rencontre Frankenstein s'est échappé incite évidemment la Hammer à en tourner une suite avec la même équipe, à l'exception notable de Christopher Lee et du compositeur James Bernard. Terence Fisher signe donc le film, Jimmy Sangster en écrit le scénario, Bernard Robinson (décors) et Jack Asher (photographie) rempilent tout comme l'indispensable Peter Cushing. La revanche de Frankenstein reprend là où son aîné s'achevait. Le baron est conduit est à la guillotine mais grâce à Karl, son homme à tout faire, il échappe à la mort. Nous le retrouvons trois ans plus tard, exerçant la médecine dans une ville allemande sous un faux nom. Entre son cabinet où défilent les femmes de la bourgeoisie et le dispensaire où il soigne les miséreux, Frankenstein poursuit néanmoins ses expériences. Visuellement moins chatoyante et plus sombre sinon austère que The Curse Of Frankenstein, cette suite n'en est pas moins intéressante car plus complexe. Alors que le roman de Mary Shelley les engonçait quelque peu, Fisher et Sangster semblent cette-fois se libérer du matériau originel pour creuser davantage la personnalité tortueuse du docteur. 

Plus encore que dans le film précédent, celui-ci s'impose comme le véritable héros. Il y apparait plus sympathique, méprisant envers les notables et la bourgeoisie (une constante chez le réalisateur), offrant son temps aux nécessiteux mais toujours guidé par la science et le progrès. L'œuvre questionne l'éthique en médecine et interroge sur les limites de cette dernière. En outre le personnage de la créature est judicieusement enrichi. Prisonnier d'un corps difforme, Karl accepte que son cerveau soit transféré dans une autre enveloppe charnelle, ouvrant pour lui l'espoir d'une vie meilleure et moins honteuse. Malheureusement, après s'être battu avec une brute épaisse qui l'a blessé à la tête, il voit sa tare déformer son nouveau corps. Ce qui déclenche en lui colère et violence en même temps qu'une inexorable tristesse que l'on ne peut que partager. Thématiquement plus riche que son devancier et emprunt d'un humour très noir, davantage porté sur l'atmosphère que sur l'horreur sanglante, La revanche de Frankenstein rencontra pourtant un échec commercial, contraignant la Hammer à remiser un temps la production d'un troisième film. L'empreinte de Frankenstein ne verra le jour qu'en 1964 mais sans Terence Fisher, remplacé par Freddie Francis...  (11.02.2022) ⍖⍖⍖⍖



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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...