S'il demeure associé à la comédie, à laquelle il a effectivement livré quelques fleurons, tour à tour romantique (Diamants sur canapé), parodique (Opération jupons, La grande course autour du monde) ou burlesque (La panthère rose, La party), Blake Edwards a en réalité touché à presque tous les genres, du western (Deux hommes dans l'Ouest) à l'espionnage (Top secret) sans oublier le film de guerre, sous un angle comique cependant (Qu'as-tu fait à la guerre, papa ?) ou le drame (Le jour du vin et des roses). Le polar lui offre d'ailleurs l'occasion pour la première fois de rompre avec le registre humoristique qui a fait son succès avec Allô, brigade spéciale. N'évitant ni certaines facilités (un simple appel téléphonique met en branle toute une équipe du F.B.I.) ni longueurs (dans la seconde moitié notamment) et construit sur un matériau trop léger (un psychopathe terrorise une employée de banque afin qu'elle dérobe une grosse somme d'argent) pour meubler ses deux heures de pellicules, ce thriller revêt avant tout les habits d'un superbe exercice de style.
La photographie en noir et blanc et toute en contrastes de Philip Lathrop, la partition menaçante de Henri Mancini, la mise en scène parfois baroque de Blake Edwards, qui multiplie plongées, contre-plongées, angles audacieux et transitions habiles ainsi que certaines scènes qui semblent n'être là que pour distiller l'angoisse (le meurtre de Nancy Ashton au milieu de mannequins) ou comme morceaux d'anthologie (le final dans le stade), participent d'un ouvrage extrêmement travaillé où la forme prime en définitive sur le fond. Les personnages eux-mêmes n'existent qu'à travers ce récit policier qui a le bon goût de faire l'économie d'une romance obligée. Entre un Glenn Ford imperturbable et une Lee Remick toute en tension rentrée, Ross Martin (le futur Artemus Gordon des Mystères de l'Ouest) impose une présence aussi forte que sournoise. Troué de quelques faiblesses et passages à vide, Experiment In Terror n'en est pas moins un remarquable thriller, techniquement abouti et le suspense constant. (13.03.2023) ⍖⍖⍖



Commentaires
Enregistrer un commentaire