Accéder au contenu principal

Blake Edwards - Allô, brigade spéciale (1962)


S'il demeure associé à la comédie, à laquelle il a effectivement livré quelques fleurons, tour à tour romantique (Diamants sur canapé), parodique (Opération jupons, La grande course autour du monde) ou burlesque (La panthère rose, La party), Blake Edwards a en réalité touché à presque tous les genres, du western (Deux hommes dans l'Ouest) à l'espionnage (Top secret) sans oublier le film de guerre, sous un angle comique cependant (Qu'as-tu fait à la guerre, papa ?) ou le drame (Le jour du vin et des roses). Le polar lui offre d'ailleurs l'occasion pour la première fois de rompre avec le registre humoristique qui a fait son succès avec Allô, brigade spéciale. N'évitant ni certaines facilités (un simple appel téléphonique met en branle toute une équipe du F.B.I.) ni longueurs (dans la seconde moitié notamment) et construit sur un matériau trop léger (un psychopathe terrorise une employée de banque afin qu'elle dérobe une grosse somme d'argent) pour meubler ses deux heures de pellicules, ce thriller revêt avant tout les habits d'un superbe exercice de style. 


La photographie en noir et blanc et toute en contrastes de Philip Lathrop, la partition menaçante de Henri Mancini, la mise en scène parfois baroque de Blake Edwards, qui multiplie plongées, contre-plongées, angles audacieux et transitions habiles ainsi que certaines scènes qui semblent n'être là que pour distiller l'angoisse (le meurtre de Nancy Ashton au milieu de mannequins) ou comme morceaux d'anthologie (le final dans le stade), participent d'un ouvrage extrêmement travaillé où la forme prime en définitive sur le fond. Les personnages eux-mêmes n'existent qu'à travers ce récit policier qui a le bon goût de faire l'économie d'une romance obligée. Entre un Glenn Ford imperturbable et une Lee Remick toute en tension rentrée, Ross Martin (le futur Artemus Gordon des Mystères de l'Ouest) impose une présence aussi forte que sournoise. Troué de quelques faiblesses et passages à vide, Experiment In Terror n'en est pas moins un remarquable thriller, techniquement abouti et le suspense constant. (13.03.2023) ⍖⍖⍖


Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...