C’est le mois d’août, je suis chez mon ami KK du groupe Caldera. Nous sommes tous les deux avachis dans un canapé. Après avoir écouté avec intérêt le premier essai de Sombres Forêts (Quintessence) que je viens d’acheter, je glisse dans le lecteur CD le nouvel album de Klaus Schulze, Kontinuum. Quelques secondes vont alors suffire pour achever notre conversation ; silence long d’environ 25 minutes. 25 minutes, c’est le temps que dure « Sequenzer », la première plage de ce qu’il faut bien appeler un chef-d’œuvre. Dès ces premières secondes, mon ami et moi avons été totalement hypnotisés, emportés par des vagues électroniques lancinantes qui loin d’être planantes se révèlent au contraire d’une noirceur absolue, renvoyant dans les bacs à sable de l’école maternelle tous ceux qui se réclament de l’œuvre du Germanique, à commencer par le néanmoins révéré Varg Vikerness dont les derniers Burzum sont clairement recouverts par l’ombre de son influence. Cette piste, sans doute ce que Klaus a écrit de plus beau et de plus intense surtout notamment en ce qu’elle tranche, surprend, avec tout ce qu’il enfanté depuis de début de sa carrière, étend un tapi d’effluves synthétiques qui confine à l’introspection, avec son va-et-vient qui a quelque chose d’une marée qui se retire puis remonte inlassablement. On ne sort pas indemne de l’écoute d’une telle composition dont les résidus hanteront longtemps votre mémoire et ce, bien après avoir rangé le CD dans son compartiment…
Désincarné, d’une froideur clinique, voire carrément mortuaire, « Sequenzer », qui a été conçu comme une synthèse (« From 70 To 07 ») de l’art de son auteur, s’enchaîne en un superbe fondu qui meurt peu à peu à « Euro Caravan », complainte quant à elle davantage dans la continuité des derniers opus du maître (la série des Ballett, Moonlake…), lente déambulation atmosphérique rythmée par des lignes vocales féminines qui ne sont pas sans évoquer celles de Lisa Gerrard, avec laquelle Schulze enregistrera d’ailleurs son disque suivant, le fantomatique Farscape. Enfin, « Thor (Thunder) » ferme cette marche funéraire de près de 76 minutes, interminable (dans le bon sens du terme) pulsation hypnotique qui tient plus de la transe que d’un simple morceau de musique. Plus que jamais, Klaus Schulze, seul avec ses synthétiseurs, y prend son temps pour poser ses ambiances et les déployer vers l’infini, vers l’absolu… Et plus que jamais, son art se vit, se ressent (ou pas) plus qu’il ne se décrit tant les mots peinent à se former dans la bouche pour le décrire. Lorsque Kontinuum est sorti, certains ont pu dire qu’il incarnait le retour, la résurrection de l’Allemand. En fait, celui-ci n’a jamais disparu et depuis le milieu des années 90, a même retrouvé une seconde jeunesse. Toutefois, il est vrai que cet opus représente en terme d’inspiration et de dynamique, une sorte de transposition, de modernisation des sonorités électroniques que le musicien délivrait durant son apogée créatrice lors des années 70. Kontinuum s’impose dans doute comme la pierre angulaire de sa carrière, sorte de testament noir d’une beauté vertigineuse. Indispensable tout simplement. (25.11.08) ⍖⍖⍖⍖
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