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Blake Edwards - La panthère rose (1963)


Malgré la tripotée d'œuvres majeures qu'il a offertes depuis la fin des années 50, Blake Edwards reste avant tout associé à La panthère rose et ce, à juste titre. Aucun autre long métrage n'est à l'origine d'un dessin animé et d'une série de films (Le retour de la panthère rose, Quand la panthère rose s'emmêle...). Il faut dire déjà que tout a été réuni pour cela soit une réussite. Triomphe du slapstick, le scénario est une petite merveille de construction comique. Introduit par un générique animé d'une grande originalité et qui donne immédiatement le ton, le film bénéficie en outre des talents conjugués de Philip Lathrop comme directeur de la photographie (il signera plus tard celle de Deux hommes dans l'Ouest) et de Henry Mancini pour la musique (la plus belle qu'il ait sans doute jamais composée), un fidèle de Blake Edwards lui aussi. Les bouchées doubles ont été mises également pour la distribution qui rassemblent des comédiens tous très en forme, de la star vieillissante David Niven au jeune premier un peu terne (Robert Wagner), en passant par la bombe italienne, Claudia Cardinale alors en pleine ascension. A l'origine, le vrai héros du film devait être David Niven mais ce dernier, malgré tout son talent et son charme raffiné, se fera finalement voler la vedette par Peter Sellers, acteur génial dont le talent jusque là assez peu reconnu, a explosé cette année-là avec son triple rôle dans le Dr Folamour de Stanley Kubrick. Le public ne voit que lui et en redemandera, d'où les multiples suites tournées jusqu'à sa mort. Sa création de l'inspecteur Clouseau s'avère en tout point formidable et touche au génie. Jamais les gaffes, la maladresse, n'avaient été aussi bien exploitées. Il ne peut toucher quelque chose sans le casser, retirer sa robe de chambre tient pour lui de la mission impossible... De plus, Sellers demeure toujours d'un naturel exemplaire et n'a pas l'air de jouer. 


C'est pourtant tout un ensemble de gestes, de postures, toute une mécanique parfaitement étudiée et élaborée que l'acteur déploie. Avec son imperméable et son chapeau, Clouseau est entré dans la mythologie du septième art et c'est à son interprète qu'il le doit, comme le démontera à ses dépens Alan Arkin qui a eu la lourde tâche de remplacer l'Anglais (quelle hérésie !) dans L'infaillible inspecteur Clouseau (1968) de Bud Yorkin. La panthère rose s'avère par ailleurs particulièrement représentatif de l'humour que Blake Edwards a développé tout au long de sa carrière, mélange de sophistication et de délire à peine contenu, très proche aussi du burlesque dont il était un grand admirateur (La grande course autour du monde ou La partie l'illustreront), recette efficace qui ne serait pas ce qu'elle est sans une pointe de grivoiserie. Tous ces éléments se combinent en une spirale paroxysmique. Au début, le comique délivré par le réalisateur semble plutôt sage mais bascule progressivement dans une folie délirante. Cet humour dévastateur culmine lors de deux scènes dans lesquelles Edwards prouve l'étendu de son talent. La première est la séquence de la chambre à coucher qui se fait le théâtre d'une valse entre amants et mari autour de Capucine. Peter Sellers y atteint des sommets dans l'art de la maladresse et de la naïveté. La seconde correspond au bal masqué que peuplent gorilles et flics déguisés en zèbres ! Lors de sa sortie en salle, le film rencontre donc un immense succès, incitant ses géniteurs à mettre rapidement en chantier un deuxième épisode : Quand l'inspecteur s'emmêle (1964), dans lequel le véritable héros devient Clouseau, rôle que Peter Sellers aura alors tout le loisir d'approfondir. (28.01.2023) ⍖⍖⍖⍖


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Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...