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Spiritual Beggars - Return To Zero (2010)


Sans remettre en question les qualités certaines d’Arch Enemy, on a tout de même l’impression que Spiritual Beggars a été sacrifié au profit de l’autre groupe de Mike Amott, qui a explosé en 2001 avec le recrutement de la furieuse Angela, faisant de lui le principal port d’attache du guitariste alors que depuis le milieu des années 90, les deux projets cohabitaient tranquillement. Grâce à la triplette Another Way To Shine (1996), Mantra III (1998) et Ad Astra (2000), Spiritual Beggars rencontrait même davantage de succès qu’un Arch Enemy certes respecté mais à la notoriété encore modeste. La situation s’est donc inversée et c’est bien dommage... Sans doute lassé que le groupe soit relégué au rang de simple concubine que l’on besogne à intervalles irréguliers, JB (chant) a décidé cette année de quitter le van après seulement deux opus du feu de dieu (les fabuleux On Fire et Demons) pour se consacrer à son Grand Magus qui d’ailleurs le vaut bien. Etonnamment, c’est vers Apollo Papathanasio (Firewind notamment) que le choix de Spiritual Beggars se porte pour remplacer celui qu’on compare, excusez du peu, à Dio et David Coverdale. S’il était permis de trouver cette décision curieuse, ces doutes sont très vite balayés par la très belle tenue de route de Return To Zero. Ni retour en arrière à l’époque où l’ogre Spice tenait le micro et la basse, même si le son assez gras peut y faire penser, ni photocopie des deux disques précédents, cette septième offrande se situe en fait entre les deux, à la fois lourde et sabbathienne (« Lost in Yesterday», le pesant "Chaos of Rebirth") et nourrie au grand Hard Rock de l’école Ritchie Blackmore (on pense beaucoup à Rainbow et au Whitesnake de la fin des années 70). 


Entre les magnifiques « We Are Free », au final jouissif, ce « Starborn» typique du groupe, et autre « Coming Home », se glissent de vrais petits bijoux plus surprenants. « Spirit of the Wind », pour commencer, lent et tout en ambiances, porté par la voix chaude du Apollo, dont nous étions nombreux à penser à tort qu’il ne serait pas à la hauteur de ses prédécesseurs. C’est ensuite le long « Concrete Horizon », baignant dans les effluves qui s’écoulent de l’orgue antédiluvien de Per Wilberg et illuminé par le jeu de Amott, chargé de feeling et immédiatement identifiable. Il y a aussi cet éblouissant « Believe in Me », dont on croirait qu’il a été composé par David Coverdale lui-même. Tout y est, les lignes vocales, la rythmique, les claviers, la classe... N’oublions pas non plus la ballade finale, « The Road Less Travelled », très Whitesnake également dans l'esprit. Le guitariste n’avait pas menti en affirmant qu’il avait écrit pour Return To Zero quelques uns des meilleurs titres composés pour le groupe. On peut le préférer sous une forme ou une autre mais il n’en demeure pas moins que Spiritual Beggars n’a jamais déçu. Quel dommage vraiment qu’il doive se contenter des pauses que s’octroie Arch Enemy pour pouvoir désormais exister. Il mérite mieux, beaucoup mieux que ce statut ingrat de side-project. Espérons quand même que les Suédois ne se contentent pas d’aligner une poignée de concerts pour défendre ce très grand disque de Hard Rock vintage sans être nostalgique, avant de retourner hiberner quelques années... Le nom de l’album serait-il une manière de dire que ses auteurs sont décidés à repartir sur de bonnes bases ? Croisons les doigts... (15.09.2010 | MW) ⍖⍖⍖

   

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...