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Earthwomb - Becoming Immanence (2021)


Earthwomb est un trio péruvien, installé à Lima pour être plus précis et qui raccroche son art au black metal d’obédience atmosphérique. Après avoir exposé deux premiers titres en version digitale, ‘The Fractal Phenomenon’ puis ‘The Gathering’, le groupe livre Becoming Immanence, lequel les recycle au sein d’un menu qui en compte sept au total. Présenté comme un EP, l’objet s’étire cependant sur plus de trente minutes, durée significative qui fait de lui plus qu’une maigre obole. Trois pistes instrumentales balisent il est vrai l’écoute, ce qui peut justifier que les Chiliens le définissent sous ce format étriqué. Pourtant, à bien des égards,  Becoming Immanence doit être appréhendé comme une création à part entière, court album plutôt que EP.   Et ce, pour deux raisons au moins. La première réside justement dans ces plaintes dont le chant est éconduit lesquelles, loin de faire du remplissage, participent d’une ambiance à la fois immersive et quasi cosmique, notamment ‘Trespassing The Paragons Of Consciouness’, la plus longue d’entre elles, sombre exploration  aussi tentaculaire que torrentielle jouant le rôle de pivot au sein d’un ensemble d’une grande cohésion. En outre, sa nature instrumentale met à jour l’habileté de ses créateurs à l’unisson d’une dramaturgie pulsative et émotionnelle. Puissance percussive et riffs sinueux forent des paysages abrupts qu’une pale lumière  modèle néanmoins par petites touches. 


Ce qui nous conduit à la seconde raison, la plus importante, cette dimension fortement conceptuelle qui irrigue Becoming Immanence dont on devine qu’il se veut le réceptacle de thèmes connectés les uns aux autres tels que la guerre, le temps ou l’espace comme le décrivent eux-mêmes les Péruviens. Il en découle un album aux allures de tout cohérent et indivisible auquel son paradigme commande une expression labyrinthique dans la forme et introspective voire presque spirituelle dans le fond. Du haut de ses huit minutes au garrot, ‘Walkscapes’ écoule ce black metal dont l’emphase atmosphérique n’en grève ni la force souterraine ni la noirceur impétueuse et désespérée. Tout du long de cet  opus, est perceptible cette connexion à la terre et à l’humanité qu’elle accueille. Oeuvre intéressante à plus d’un titre et dont la froideur minérale l’enrobe d’une profondeur dramatique, Becoming Immanence ne fait que déflorer le potentiel certainement plus grand encore d’un groupe détenteur d’un univers et d’une démarche déjà affirmés que nous suivront de près. Après ce coup d’essai artisanal, un nouveau chapitre débutera pour les Péruviens qu’on espère rapidement soutenu par un label qui leur apportera l’exposition qu’ils méritent… (12.01.2022 | LHN) ⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...