Accéder au contenu principal

Motörhead - Rock'n'Roll (1987)


Dans l’absolu et, un peu à l’instar d’un AC/DC, il ne peut pas vraiment exister de mauvais disque de Motörhead. Celui-ci recopiant (ou presque), depuis ses débuts en 1975, une recette demeurée inchangée, la déception se révèle de fait rarement – pour ne pas dire jamais – au rendez-vous, gageure qui tient de l’exploit eu égard à une longévité envieuse et à un nombre d’albums forcément conséquent. Même une rondelle telle que la bien nommée Rock’n’Roll, pourtant celle qui a peut-être rencontré le moins de succès dans les charts britanniques, se laisse consommer comme une bonne pinte sans faux col. Renouant, grâce à Orgasmatron, avec une dynamique qui semblait l’avoir un peu déserté après l’échec – injuste – de Another Perfect Day (1983), le groupe retourne alors très vite en studio pour graver ce huitième album qui marque par ailleurs le retour, éphémère du reste, de Phil "Animal" Taylor, l’ex Saxon Pete Gill ayant quitté le navire après n’avoir finalement collaboré avec lui que sur un seul opus et quelques titres sur la compilation No Remorse. Côté guitares, la paire Würzel/Phil Campbell est reconduite (elle restera en place jusqu’en 1995), pérennisant la formule à quatre expérimentée sur Orgasmatron


Pour autant, et bien que la patte Motörhead demeure toujours aussi indélébile, Rock’n’Roll ne ressemble pas vraiment à son aîné d’un an, dont il n’exploite pas la veine mid-tempo qui avait tant réussi à ce dernier le temps de deux titres d’anthologie. Faisant honneur à son nom, l’album est direct, sans fioritures tout en étant des plus mélodiques. L’hymne "Eat The Rich", initialement écrit pour le film éponyme aujourd’hui oublié, avec son refrain taillé pour chantonner sous la douche le matin (pour ceux qui se lave), est ainsi représentatif de la priorité accordée aux mélodies. Comme toujours, le menu ne franchit que de peu la demi-heure, défile à vive allure, carburant aux lignes de guitares nerveuses à quatre mains ("Stone Deaf In The USA") qui lui confèrent un côté plus commercial, et à la voix goudronneuse d’un Lemmy fidèle à lui-même, accroché à sa Rickenbaker sale comme la rouille. Il distille une poignée de bonnes cartouches : "Rock’n’Roll", "Traitor" et surtout, ce "Boogeyman" remuant et étonnant avec son riff jubilatoire. Sans être une pièce essentielle de la carrière de Motörhead, qu’on a tout de même connu plus inspiré, Rock’n’Roll ne peut pas décevoir. Il ouvre néanmoins la phase d’abstinence - discographique s’entend – la plus longue de la bande à Lemmy, l’effort suivant, le nettement plus mémorable 1916, ne voyant le jour que près de quatre ans plus tard ! (13.01.2012 | MW) ⍖⍖

 

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...