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Process Of Guilt - Slaves Beneath The Sun (2022)


Après cinq ans d'un trop long silence, Process Of Guilt revient enfin nous assommer avec son post metal aux épaisses coutures sludge. Remarqué notamment grâce à une alliance scellée avec Rorcal en 2014, les Portugais nous avaient manqués, collectif au succès limité mais dont les albums d'une charbonneuse sévérité, parmi lesquels un Faemin d'étouffante mémoire, forment des golems écrasants et viciés. Le groupe, qui abrite en son sein deux anciens membres de Before The Rain, entité majeure de la chapelle death doom dont nous apprécierions d'ailleurs qu'il décide un jour de se réveiller de son interminable sommeil (mais ceci est un autre sujet), resurgit donc enfin, qui plus est par l'entremise de Alma Mater Records, label qui comme son nom le laisse deviner appartient aux mecs de Moonspell, des hommes de (bons) goûts, évidemment. Process Of Guilt y a toute sa place. Ni l'abstinence, ni l'âge (déjà une vingtaine d'années au compteur) n'ont érodé la noirceur suffocante des Portugais dont Slaves Beneath The Sun nous rappelle la force souterraine d'un doom pulsatif et terrassant duquel atmosphère et lumière sinon l'espoir sont totalement chassés. A aucun moment, la formation d'Evora ne sacrifie sa rudesse engourdie, ne cède un pouce de terrain à des ambiances moins douloureuses, chute sans fin dans les profondeurs d'une mine de charbon qui résonne comme une métaphore de l'âme humaine et de ses sombres tourments. 


Chant oppressant qui gronde d'une pénitence rageuse et guitares grosses comme des câbles à haute tension charrient cette absolue douleur poissée d'une abyssale mélancolie. Le résultat pourrait pécher par un monolithisme désolé et abrutissant. Il n'en est pourtant rien. Non pas que Process Of Guilt aère ses longues plaintes d'ouvertures salvatrices mais il sait les rendre malgré tout dynamiques, presque hypnotiques à leur manière, convulsives et scarifiées (l'énorme et terminal 'Host'). Rouleaux s'écrasant contre des falaises dévorées par les ténèbres, la batterie n'est pas étrangère à cette énergie sismique, lourde et pesante comme des plaques tectoniques qui se chevauchent ('Victims'). Dès ce 'Demons' qui passe un long moment à tricoter des instants mortifères au-dessus d'un gouffre sans fond, le successeur de "Black Earth" serre l'étau jusqu'à l'agonie, imprimant une étreinte asphyxiante qu'aucun des titres suivants ne réussira à relâcher. Bien au contraire. Tout du long pétrifié, il sculpte un bloc robuste et funeste, tendu et autoritaire dont la noirceur éprouvante confine toutefois à une forme de beauté sourde et âpre. Avec Slaves Beneath The Sun, œuvre sacrificielle aux allures de chemin de croix, Process Of Guilt démontre qu'il reste toujours ce puissant pourvoyeur d'un sludge doloriste et crépusculaire. (02.08.2022 | MW) ⍖⍖⍖

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