Accéder au contenu principal

Nargaroth - Geliebte des Regens (2003)


Cela fait déjà quelques années que le sombre Kanwulf dirige d'une main de fer son Nargaroth, l'une des figures de proue du décrié label teuton, No Colours Records, dont les membres ne doivent pas vraiment voter à gauche, à coups d'albums solides, dont certains se sont fait remarquer dans l'underground extrême (Black Metal Ist Krieg). Avec cette nouvelle cartouche, l'entité atteint l'apogée, l'Everest, le paroxysme de son style : quatre titres (plus une intro et une outro dispensables) pour plus de 70 minutes de zique ! Ces (très) longues plages lâchent les effluves d'un black lancinant comme peu sont parvenus jusque là à en produire. Ces complaintes, lentes et mélodiques, sont forgées autour de riffs dissonants tellement répétitifs qu'ils finissent par conférer à la musique de Nargaroth des allures de transe hypnotique. Ils forment un substrat mélancolique que fissure par moment le chant lointain et incompréhensible du sieur Kanwulf. 


Du haut de ses 18 minutes au compteur, "Manchmalwenn Sie Schläft" se présente comme le point d'orgue de Geliebte des Regens, quand bien même, bâtis sur une architecture quasi identique, "Wenn Regen Liebt" et "Von Scherbengestalen und Regenspaziergang" se révèlent tout aussi obsédants. D'aucuns taxeront le leader exclusif de la formation allemande de fumisterie, lui qui va jusqu'à enregistrer deux fois un même titre sur le même disque ("Manchmalwenn Sie Schläft"), dans deux versions dont les différences ne sautent pas vraiment aux oreilles ; la démarche, contestable, fleure bon le remplissage et le foutage de gueule, le morceau en question aussi réussi soit-il ! Toutefois reconnaissons que pour tous ceux qui ont eu un jour envie de foutte le feu à une église en plongeant corps et âme dans l'oeuvre de Burzum, voir de trucider son voisin, ce Geliebte des Regens, est un pur joyaux à posséder d'urgence. Ceux-ci devront très certainement trouver leur bonheur dans ces longs coups de scalpel tellement répétitifs qu'ils semblent ne former qu'un seul et unique bloc noir et monolithique. Dans le genre, un chef-d'oeuvre ! (04.06.2007) ⍖⍖⍖⍖

Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...