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Eugenio Martin - A Candle For The Devil (1973)


De Eugenio Martin, nous gardons surtout en mémoire certains de ses westerns (Pancho Villa, Les quatre mercenaires d'El Paso) et Terreur dans le Shanghai Express, pellicules sympathiques au demeurant bien que souffrant soit de manque de moyen soit d'une décontraction qui frise le dilettantisme voire les deux. La très bonne tenue de A Candle For The Devil n'en est donc que plus surprenante. Le soin apporté à la mise en scène, à l'éclairage, à l'esthétique étonnent ainsi agréablement de la part de cet artisan du bis européen. Si son titre semble annoncer le cortège horrifique habituel composé de messes noires et autres rites diaboliques, il n'en est en fait rien car son récit s'installe dans un cadre bien plus concret. La violence graphique et giallesque qui voit Marta utiliser toutes sortes d'ustensiles contondants (couteau de cuisine, hache etc...) éclabousse certes l'écran mais l'horreur nait avant tout de cette morale catholique qui corsète encore l'Espagne d'un Franco qui pourtant à la fin de son règne avait commencé à desserrer cet étau sociétal. Le film nourrit sa sève de ce puritanisme pour construire un canevas gonflé de pulsions refoulées, d'une sexualité trouble et malsaine. 


Dans cette pension tenue par deux soeurs, (forcément) vieilles filles de surcroit et qu'on imagine presque liées entre elles par des relations incestueuses, l'irruption de touristes féminines venues d'Europe est perçue comme une souillure. Alors qu'elle épie vicieusement des adolescents pré pubères batifolant nus dans l'eau (on devine même furtivement le kiki d'un gamin ! ), Marta s'enfonce peu après dans des branchages qui la griffe comme une punition masochiste visant à expier ses péchés. Rongé par la perversion, tout le film est ceint d'une religiosité morbide. C'est ce qui fait tout le sel de cette bobine qu'il ne faut cependant pas aborder comme une charge contre la société puritaine de l'Espagne franquiste, qui intéresse moins Eugenio Martin que faire naître les frissons. L'oeuvre baigne bien dans le baquet du pur film de genre et non dans du Bunuel ! Nous voilà rassurés ! Sans être exempt de défauts (l'intrigue est conduite mollement et on peut trouver facile que toutes les filles échouent comme par hasard dans l'hôtel des deux frangines), A Candle For The Devil s'élève pourtant clairement au-dessus du lot, ne serait-ce déjà par la présence de Judy Geeson, actrice un peu oubliée aujourd'hui, qui promena néanmoins sa blondeur anglaise dans ce cinéma d'exploitation européen des années 70 que nous chérissons tant entre le Doomwatch de Peter Sasdy ou le Sueur froide dans la nuit  de Jimmy Sangster en passant par les plus respectables Brannigan de Douglas Hickox avec John Wayne et L'étrangleur de Rillington Place de Richard Fleischer. (06.09.2020) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...