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Juan López Moctezuma - Alucarda (1977)


Il serait tentant de confondre Alucarda avec un banal film fantastique de seconde zone dont il déballe en effet certains traits caractéristiques (pas de sous, des acteurs parfois en roue libre, érotisme tenace, occultisme de foire…) mais il mérite pourtant mieux que ce raccourci facile. Bricolé par Juan López Moctezuma dont la proximité avec Alejandro Jodorowsky (il a produit son cultissime El Topo) fournit déjà un indice précieux  quant à la teneur hallucinée de son travail, Alucarda a quelque chose d’une auberge espagnole (ou plutôt mexicaine). Vaguement inspiré du Camilla de Sheridan Le Fanu, il tète aussi bien les mamelles de Jesus Franco pour cette homosexualité féminine qui infuse tout le récit que celles de Ken Russell pour cette ambiance hystérique qui n’est pas sans évoquer Les diables (1971), particulièrement durant la scène d’exorcisme. Par ailleurs, l’un des intérêts du film réside dans la manière dont il coule le folklore fantastique typiquement européen dans une identité et une esthétique propres au cinéma mexicain le plus démentiel. 


Le décor baroque de l’église comme nichée dans les profondeurs d’une caverne ou l’habit des nonnes plus proche d’une camisole d’aliénées que d’une tenue religieuse doivent ainsi tout au délire visuel du cinéaste, lequel en ne quittant que rarement l’intérieur irréel du couvent, imprègne son film d’une dimension quasi théâtrale. Ajouté à la photographie hantée d’une beauté presque picturale et à la présence magnétique de Tina Romero, toute de noir vêtue au milieu de la blancheur plus sale qu’immaculée des bonnes sœurs ou offrant au regard son intimité pileuse, ce bordel à la fois surréaliste et onirique distille une atmosphère assez unique. Tout concourt à créer un bien étrange envoûtement gothico-saphique et à faire de Alucarda une vraie bobine culte avec ses qualités et ses défauts. (10.04.2024) ⍖⍖


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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...