Il serait tentant de confondre Alucarda avec un banal film fantastique de seconde zone dont il déballe en effet certains traits caractéristiques (pas de sous, des acteurs parfois en roue libre, érotisme tenace, occultisme de foire…) mais il mérite pourtant mieux que ce raccourci facile. Bricolé par Juan López Moctezuma dont la proximité avec Alejandro Jodorowsky (il a produit son cultissime El Topo) fournit déjà un indice précieux quant à la teneur hallucinée de son travail, Alucarda a quelque chose d’une auberge espagnole (ou plutôt mexicaine). Vaguement inspiré du Camilla de Sheridan Le Fanu, il tète aussi bien les mamelles de Jesus Franco pour cette homosexualité féminine qui infuse tout le récit que celles de Ken Russell pour cette ambiance hystérique qui n’est pas sans évoquer Les diables (1971), particulièrement durant la scène d’exorcisme. Par ailleurs, l’un des intérêts du film réside dans la manière dont il coule le folklore fantastique typiquement européen dans une identité et une esthétique propres au cinéma mexicain le plus démentiel.
Le décor baroque de l’église comme nichée dans les profondeurs d’une caverne ou l’habit des nonnes plus proche d’une camisole d’aliénées que d’une tenue religieuse doivent ainsi tout au délire visuel du cinéaste, lequel en ne quittant que rarement l’intérieur irréel du couvent, imprègne son film d’une dimension quasi théâtrale. Ajouté à la photographie hantée d’une beauté presque picturale et à la présence magnétique de Tina Romero, toute de noir vêtue au milieu de la blancheur plus sale qu’immaculée des bonnes sœurs ou offrant au regard son intimité pileuse, ce bordel à la fois surréaliste et onirique distille une atmosphère assez unique. Tout concourt à créer un bien étrange envoûtement gothico-saphique et à faire de Alucarda une vraie bobine culte avec ses qualités et ses défauts. (10.04.2024) ⍖⍖
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