Accéder au contenu principal

Nicholas Ray - Traquenard (1958)

Film noir mais en couleurs (et quelles couleurs, flamboyantes et baroques) et sans beaucoup d‘action, Traquenard évolue en fait à la lisière de plusieurs genres : polar, film de procès, romance et musical. Comme il venait de le faire avec le western dont Johnny Guitare (1954) est un classique des plus singuliers, Nicholas Ray joue brillamment avec les codes du film de gangsters. Teintes chatoyantes donc, ton plutôt cocasse lors des scènes au tribunal, héros physiquement diminué et même un chef de la pègre (Lee J. Cobb, très bon car étonnamment sobre) qui, finalement plus pathétique que cruel, échappe aux stéréotypes, participent d’un dynamitage en règle. Comme souvent, son titre français résume mal une intrigue à laquelle l’original Party Girl correspond évidemment nettement mieux puisqu’au centre de celle-ci gravite une femme, Vicky Gale, danseuse désabusée qui va bouleverser la vie d’un avocat véreux en quête de rédemption. 


Le film conte ainsi la rencontre de deux âmes égarées, superbement incarnées par Cyd Charisse qui démontre un talent réel de comédienne en dehors du giron de la comédie musicale qui l’a révélé comme une excellente danseuse (Chantons sous la pluie, Beau fixe sur New York ou Brigadoon) et un Robert Taylor boiteux et vieillissant qui trouve là un de ses plus beaux rôles durant une année d’ailleurs particulièrement riche qui le voit figurer au générique de deux formidables westerns, Libre comme le  vent de Robert Parrish et Le trésor du pendu de John Sturges. Traquenard dévoile en outre un érotisme très suggestif, qu’exsudent autant les danses exécutées par une Cyd Charisse toute en sensualité charnelle et lascive que le handicap physique de Robert Taylor, qui peut être vu comme une forme d’impuissance sexuelle. Au rayon de l’interprétation, il convient également de louer John Ireland, sale gueule légendaire, en homme de main de Rico Angelo. Charme d’un vrai couple de cinéma, photographie douce et tamisée, tout concourt à diffuser un lyrisme envoûtant et faire de Traquenard une des œuvres majeures de Nicholas Ray, sans aucun doute même la dernière d’une carrière qui se réduira ensuite à de grosses productions (Le Roi des rois, Les 55 jours de Pékin) qui conviendront mal à sa sensibilité. (14.10.2024) ⍖⍖⍖



Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...