Accéder au contenu principal

Gene Kelly - Père malgré lui (1958)


S'il a partagé avec Stanley Donen la paternité de Un jour à New York (1949), Chantons sous la pluie (1952) et Beau fixe sur New York (1955), on devine aisément que la contribution de Gene Kelly à la réalisation de ces trois chef d'œuvre de la comédie musicale s'est limitée à la chorégraphie des numéros musicaux. C'est beaucoup bien sûr mais ne fait pas de lui un grand metteur en scène, ce qu'ont démontré les films qu'il signa seul, du pesant Invitation à la danse (1956) au pénible Attaque au Cheyenne Club (1970). Père malgré lui est un peu meilleur mais échoue à être une grande comédie. Au départ, le projet n'est pourtant sans atouts. Une pièce de théâtre à succès comme matériau, un couple séduisant pour vedette et un sujet gentiment subversif. A l'arrivée, le résultat déçoit. A qui la faute ? Celle-ci incombe principalement à Gene Kelly dont la mise en scène est vierge de la folie et de la malice nécessaires. On se prend à rêver de ce qu'un Frank Tashlin aurait tiré d'un tel scénario, même édulcoré des éléments les plus sexuels de la pièce d'origine. 

Malgré toute l'admiration qu'on lui voue, reconnaissons en outre que Richard Widmark ne se montre pas non plus à son aise dans le registre humoristique, comme l'illustrent ses grimaces lorsque, au volant de sa voiture, la désirable inspectrice envoyée par l'agence d'adoption se blottie contre lui. Père malgré lui fut une de ses rares incartades dans ce domaine, après My Pal Gus (1952), plus romantique et tendre que vraiment rigolo ou avant le calamiteux A Talent For Loving (1969). Autant de tentatives qui se soldèrent par des échecs commerciaux. Comme ce fut le cas de The Tunnel Of Love que sauvent néanmoins l'énergie de Doris Day et la beauté de Gia Scala. Reste un divertissement amusant, trop sage sans doute alors que son sujet de départ l'était beaucoup moins. Dommage pour Widmark que nous nous faisions quand même une joie de (re)trouver dans une pure comédie... Dommage enfin pour Gene Kelly dont nous préférons nous souvenir du formidable danseur et de l'acteur non moins formidable, dans des films musicaux bien entendu mais aussi dans un polar comme La main noire. (vu le 28.11.2020) ⍖⍖




Commentaires

TOP DE LA SEMAINE

Clint Eastwood - American Sniper (2014)

Combien de metteur en scène peuvent se vanter de connaître le plus gros succès de leur carrière à 84 ans ? Aucun, si ce n'est bien entendu l'inusable Clint Eastwood dont American Sniper restera le plus grand triomphe au box office. Il est aussi le le film américain à avoir engrangé le plus de millions de dollars en 2014, ce qui n'est pas si surprenant eu égard à son sujet qui parle au coeur des Américains. Si l'homme a pu susciter des controverses, notamment de part ses prises de position assez peu politiquement correctes, son cinéma se veut généralement plus consensuel, à l'exception de Dirty Harry. Mais une fois n'est pas coutume donc, American Sniper déclenche la polémique par son patriotisme supposé. En réalité, et comme souvent chez Eastwood, ce portrait sans fard de Chris Kyle se révèle bien plus ambigu qu'il n'y parait.  Loin d'une production cocardière, il s'agit moins d'un produit de propagande qu'une dénonciation des ravages d...

Paradise Lost - Medusa (2017)

Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce Lost Paradise matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation. Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec Symbol Of Life (2002), Paradise Lost a entamé à partir de Tragic Idol (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, Medusa vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité ...

Clint Eastwood - Jersey Boys (2014)

Clint Eastwood poursuit sa carrière hors des modes et du temps. Alors âgé de 84 ans (!), l'année 2014 le voit offrir deux films, Jersey Boys et American Sniper , deux biopics aussi différents que réussis qui illustrent si besoin en était encore, la large palette de son inspiration et surtout sa verve cinématographique quand tant d'autres réalisateurs ont été mis à la retraite depuis longtemps. Après les funèbres Lettres d'Iwo Jima et ou Au-delà et les pesants Invictus ou J.Edgar , cette adaptation d'une comédie musicale, retraçant la carrière d'un groupe de rock fameux aux Etats-Unis, les Four Seasons, semble presque être l'oeuvre d'un jeune metteur en scène. Classique dans le fond, sa forme swingue, emportée par un tempo enlevé cependant que les comédiens n'hésitent pas à s'adresser directement à la caméra. Après Une nouvelle chance , sur un mode mineur néanmoins, quel plaisir de voir Eastwood revenir à un cinéma simple, s'appuyant sur des...