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Klaus Schulze - Moondawn (1976)


Klaus Schulze est plus qu’un génie, c’est un dieu car son art confine au divin. Il atteint un tel degré de perfection, une telle intensité dans la beauté que sa musique irradie, que celle-ci ne s’explique pas ; elle se vit, se ressent. Son sixième album, Moondawn, en constitue la plus brillante démonstration. Depuis 1972, l’artiste germanique explore en solo toutes les possibilités offertes par cet instrument tellement flamboyant quand il est entre les mains d’un homme talentueux et tellement ridicule entre les mains d’un médiocre qu’est le synthétiseur. Par rapport à son prédécesseur, le gigantesque Timewind, Moondawn se révèle être beaucoup plus accessible ; ce qui explique sans doute pourquoi, il s’agit là de l’un de ses plus grands succès. Proche de ce que peuvent faire à la même époque des artistes tels que Pink Floyd (on pense à Meddle et Wish You Were Here) ou à Mike Oldfield (Ommadawn, justement), cet album, qui voit le maître s’acoquiner pour la première fois avec un batteur, Harald Grosskopf (alors que lui-même, percussionniste de formation, aurait pu tenir les baguettes), se déploie par le biais de deux longues plages hypnotiques de plus de 25 minutes chacune, véritables rampes de lancement pour l’ex-Tangerine Dream, dont le talent ne peut de toute façon prendre toute son envergure que sur des durées aussi excessives. 


L’écoute débute par “ Floating ”, lente montée en puissance atmosphérique qui commence comme le jour se lève. Schulze est tout d’abord seul à tricoter des sons à l’aide de ces claviers Moog. Puis peu à peu, en même temps que la batterie fait son apparition, conférant à l’ensemble une dynamique jusqu’alors inédite dans l’œuvre de l’Allemand, le titre décolle au rythme d’une myriade d’effluves électroniques. “ Mindphaser ”, est bâti sur un schéma identique. Le bruit du ressac, des ambiances vaporeuses drainées par des nappes de synthés, car Klaus Schulze n’aime rien moins que superposer de multiples strates sonores qui s’entremêlent les unes aux autres. Durant plus de dix minutes, il parvient à rendre sous forme musicale les impressions que l’on ressent lorsque l’on est les témoins de l’aube qui se réveille. A cette première partie planante, succède brusquement une seconde où le rythme s’emballe, où les atmosphères contemplatives cèdent la place à une prolifération sonore qui s’échappe des claviers tour à tour liturgiques ou cosmiques du génial papa Schulze. C’est beau comme un chat qui dort. A noter, qu’à l’instar des autres disques du fondateur de l’école de musique électronique de Berlin, la réédition en cd de Moondawn est réhaussée d’une seconde version du premier titre, baptisée “ Flaoting Sequence ”, plus courte mais qui prolonge encore un peu l’orgasme. Divin… (2008) ⍖⍖⍖⍖

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Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...