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Litanie - Ad Absolutam Essentiae (2019)


Deuxième offrande de Litanie, Ad Absolutam Essentiae aura connu un long et tortueux chemin avant de chatouiller les cages à miel de votre serviteur. L'album est tout d'abord disponible en format uniquement digital (quel sacrilège !) en août 2019. Non Posse Mori Records l'édite en CD plusieurs mois après, en mai 2020 et c'est au moment où il s'endort malheureusement à jamais que ce label le soumet à l'auteur de ces lignes, soit deux ans et demi après qu'il ait vu la nuit ! Mais ce n'est pas grave. Pour deux raisons au moins. D'une part, parce qu'il vaut mieux tard que jamais pour découvrir un très bon disque (nous y reviendrons). D'autre part, parce que Litanie n'est de toute façon pas vraiment un groupe comme les autres. Il aime prendre son temps, ce qui s'explique par les nombreuses phases de sommeil qui morcellent sa carrière au gré des occupations de ses membres qui eux mêmes ont souvent changé. Au départ, l'entité se veut avant tout le fruit d'un duo, celui que composent Frater Gryp et Frater Désolation, tous les deux par ailleurs liés par Wintermoon au sein d'une véritable famille de musiciens qui ne cessent de mêler leur sang dans des projets souvent éphémères tels Désolation ou Porta Daimon. Aujourd'hui, ne demeure que le premier d'entre eux. 


Si Ad Absolutam Essentiae est donc venu à nous tardivement, Litanie ne nous est par pour autant inconnu puisque nous avons déjà eu l'occasion de dire tout le bien qu'il faillait penser de son prédécesseur, In Nomine Humana, Tenebris en 2013. Presque une éternité. Nous avions gardé le souvenir d'un méfait ruminant un black metal d'une sinistre froideur, torrentueux et orthodoxe. Son successeur se révèle bien différent, moins parce qu'il s'appuie cette fois-ci sur un batteur en chair et en os, ce qui lui confère cependant un caractère nettement plus organique, que pour son expression entièrement instrumentale, laquelle le drape d'un suaire rituel aux confins d'un dark ambient funèbre qui n'est pas sans évoquer certains travaux de Abruptum. Référence particulièrement prégnante sur 'Carnalis Mortis', cérémonie d'ouverture lugubre longue de près de quinze minutes qui plonge le pèlerin dans le fracas bruitiste d'un Moyen-Âge obscur. Cahoteuse et torturée, cette procession semble ne jamais vouloir s'achever, accouplant dans un râle possédé, art noir hypnotique et dark ambient cadavérique. Embrumé par une ambiance liturgique (le monacal 'Ad Ostium'), Ad Absolutam Essentiae épouse un chemin sinueux, rarement brutal, à l'exception du véloce 'Esse Infinitum', parfois onirique voire contemplatif ('De profundis Inter Mundis'), chaotique (Praeter Tempus') et imbibé d'une désolation souterraine à l'image de 'Lacrimas Serpens'. Litanie enfante un édifice surprenant, difficile d'accès sans aucun doute mais gorgée de mille trésors enfouis dans ses travées qui conduisent à un autel inquiétant où s'enfourchent black metal et dark ambient en un rituel aussi infâme qu'envoûtant. (20.03.2022 | LHN) ⍖⍖⍖

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TOP DE LA SEMAINE

Burning Witches - Wings Of Steel (2019)

Avec son unique piste inédite flanquée de trois extraits live, Wings Of Steel ressemble davantage à un single gonflé aux OGM qu'à l'EP vendu comme tel par Nuclear Blast. Ajoutons à cela le fait que le morceau-titre en question a déjà été diffusé en format digital en juin dernier et vous aurez donc compris tout seul que l'intérêt de cet objet se révèle très limité ou destiné aux fans désireux de tout posséder de leur groupe favori, jusqu'à la moindre miette. Bref, quelle est l'utilité d'une telle rondelle, si ce n'est, pour l'écurie teutonne, le besoin de capitaliser sur le nom de Burning Witches dont le casting 100% féminin n'est étranger ni à son succès et ni à son exposition accrue. Ceci étant, Wings Of Steel possède au moins le mérite de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore la remplaçante de Seraina Telli, partie se concentrer sur son Dead Venus à elle. Ancienne chanteuse du modeste Shadowrise, qui n'a semble-t-il pas survécu ...

Onségen Ensemble - Fear (2020)

Onségen Ensemble fait partie de ces formations assez inclassables qu'on serait tenté de ranger, maladroitement peut-être, dans le rock progressif, selon la définition crimsonienne du terme. Comprendre que les Finlandais font moins dans le déballage technique que dans la performance artistique, dans le happening sonore. C'est le plus souvent instrumental bien que des chœurs, féminins ou masculins, viennent par moment hanter des compositions aux contours flous, à l'architecture mouvante. Autour d'un noyau guitare/basse/batterie se greffe un line-up à géométrie variable dans lequel saxophoniste, clarinettiste ou violoniste (entre beaucoup d'autres) se croisent. Nappé de claviers fantomatiques, l'ensemble se pare d'atours puissamment cinématiques. Sur un socle cependant plutôt lourd, vestiges des racines metal de ses principaux artisans, le space rock le plus cosmique s'emboite au free jazz le plus barré dans une fusion des éléments qui n'est parfois pas...

Robert Wise - Le coup de l'escalier (1959)

Très admiré par Jean-Pierre Melville, tourné entre le remarquable Je veux vivre (1958) avec Susan Hayward et la célèbre comédie musicale West Side Story (1961), Le coup de l’escalier représente un des sommets de l’œuvre de Robert Wise et du film noir en général. Comme souvent, son titre français, au demeurant non dénué d’une certaine poésie, est à côté de la plaque, à croire que les distributeurs n’ont visionné que la dernière bobine ! Drapé dans un très beau noir et blanc, Odds Against Tomorrow n’est pas qu’une énième histoire de braquage de banque (évidemment) foireux. Le coup lui-même n’occupe que le dernier tiers du film. Au vrai, il s’agit avant tout du portrait de deux hommes, un noir et un blanc qui, obligés de travailler ensemble, vont finir par se détester et s’entre-tuer. On suit pendant près d’une heure leur chemin respectif, leurs problèmes, les motivations qui en découlent et les poussent à accepter ce casse organisé par un ancien flic.  Le noir, c’est Harry Belafon...